Le contexte historique

Larnagol, précédé au niveau paroissial au XIIe siècle par l'un des premiers prieurés de l'abbaye de Marcilhac-sur-Célé, Neules, était détenu dans la première moitié du XIIIe siècle par Bertrand de Cardaillac, frère de Guillaume, évêque de Cahors qui possédait en indivis avec ce dernier la seigneurie de Saint-Cirq-Lapopie. Le fait est confirmé par l'hommage que rendit Bertrand à Simon de Montfort en 1215, pour la terre de Larnagol. En 1259, le fief était tenu par Déodat Barasc, dont la fille Alasie apporta au début du XIVe siècle la seigneurie de Larnagol à son époux, Guillaume, vicomte de Calvignac. Leur fils, Dorde V de Calvignac, se distingua lors de la guerre contre les Anglais en 1359, mais surtout en 1361 lors du procès qui l'opposa aux consuls de la ville de Cahors dont il avait rançonné les marchands navigant sur le Lot. Par le mariage de leur fille, les seigneurs de Puycornet, acquirent vers 1350 les droits de la vicomte. Raymond arma ainsi ses châteaux en 1369 et 1377. Son fils, chambellan du Duc de Berry, laissa son nom dans l'histoire pour avoir repoussé les Anglais de Larroque-Toirac en 1390. On doit à ses descendants, Jean I ou Jean II, la reconstruction (ou la construction ?) de l'église paroissiale dans laquelle les clefs de voûtes sont frappées aux armes de la famille. Le fief demeura dans la famille jusqu'au 3 septembre 1579, lorsque Louis vendit à réméré pour douze ans, la vicomte de Calvignac, la terre et seigneurie de Larnagol à Dadines, sieur d'Hauteserre.

A l'échéance, les biens revinrent dans la famille des Caussade qui les rétrocédèrent en 1596 à Isabeau de Beauville, comtesse d'Escars qui les possédait toujours en 1606. Dans le dénombrement des biens dressé à l'occasion, le château est dit être constitué de deux corps de logis séparés par une basse-cour, d'une écurie et d'un four banal (qu'il faut situer sur l'actuelle parcelle n° 116). Peu de temps après, Charles de Cazilhac détenait les titres de seigneurie pour Calvignac et Larnagol.

Par acte du 16 décembre 1638, François de Cazilhac vendit la vicomté de Calvignac à Charles de la Tour de Gouvernet, seigneur de Cénevières, et la seigneurie de Larnagol dont dépendaient Saint-Gels (Saint-Chels) et Seuzac, à Pierre de Laporte, habitant de Figeac. La vente concernait un château ruiné, grange appelés Lisouderay et patus y joignant, un four banier, une dîme inféodée... une métairie appelée Salèmes...une métairie appelée Carbonnié, et une métairie de Prémiac .

En 1667, un dénombrement des biens de Pierre de Laporte, alors lieutenant général civil et criminel de la Sénéchaussée, portait non sur la présence d'un, mais de deux châteaux, ce que laissait d'ailleurs entendre l'acte de 1596 : la baronnie de Larnagol avec toute justice, haute moyenne et basse... deux châteaux forts, patus, tour et dépendances.

Du baron Pierre de Laporte et de son épouse Isabelle de Saunhac de Belcastel naquirent deux enfants dont Félix qui hérita de la seigneurie. Capitaine de cavalerie, il acquit la charge de chevalier d'honneur en la Cour des Aides de Montauban en 1704, charge héréditaire dont bénéficièrent ensuite son fils, puis son petit-fils.

Son fils Jean épousa en 1709 la fille du président de l'Election de Cahors, Marie Foy le Blanc. Outre les rentes de Larnagol et du fief de Poujols (vraisemblablement à Flaujac), celui-ci possédait dans le quartier de l'église Saint-Urcisse à Cahors (dont il était marguillier) une maison, où il habitait sans doute épisodiquement, et dans laquelle la location d'une chambre lui rapportait quelques revenus. Ces derniers devaient par ailleurs être conséquents puisqu'il put entreprendre la reconstruction complète du château "inférieur" de Larnagol. Deux polices contractées en 1710 et 1712 attestent en effet des débuts d'un chantier ambitieux qui fut cependant mené à terme dans les années 1780 seulement par son fils Etienne-Alexandre. Les travaux dirigés par le maître maçon, François Portier, concernaient dans les premières années du XVIII siècle la quasi-reconstruction de l'ancien corps de logis médiéval, l'édification d'un escalier monumental intérieur ouvrant sur une basse-cour fermée par un grand portail et d'une extension au nord. En 1717, les travaux, en phase d'être achevés, furent dirigés après le décès de François Portier, par Antoine Palis, maître maçon à Cahors, qui eut en charge la pose d'un crépi sur les parties anciennes de l'édifice et celles nouvellement créées, la construction d'une écurie cantonnée d'une buganderie (buanderie) avec cheminée et four, et d'une pièce couverte d'une voûte en tuffeau ainsi qu'un degré extérieur destiné à desservir depuis la cour une grande terrasse. Sept ans plus tard, un avenant au contrat de 1717 concerna l'achèvement de l'écurie et un nouveau projet pour l'escalier de la cour de plan polygonal et couronné d'amortissements en forme de globe . Il était par ailleurs prévu de fermer d'une entrée le picauzel (l'oisellerie) sis jusqu'aux années 1950 sur l'angle sud-est de la basse-cour et de bâtir au sud de cette dernière une muraille pour la séparer de la rue.

Jean de Laporte disparut en 1729. La reconstruction du château "inférieur" était terminée, à l'exception du corps de logis occidental et de l'orangerie qui lui est contiguë. Comme le mentionne son testament, le château "supérieur" était doté dans son premier niveau d'une cave, d'un chai et d'une prison, le tout voûté, à l'étage de pièces réservées à la paille et aux sarments, et le donjon n'était qu'une vieille tour convertie en prison et en pigeonnier.

Le fils de Jean, Etienne-Alexandre, lieutenant au régiment de Bigorre, épousa en 1752 Jeanne Josephe de Lantron de Saint-Hubert et reçut la baronnie de Larnagol, avec le fief de Poujols. Il succéda à son père Jean en la Cour des Aides. Il détenait quelques actions, qui furent surtout déficitaires, dans la manufacture de draps de Cahors où il résidait parfois. Mais sans doute s'était-il lancé dans quelques négoces plus fructueux sur Bordeaux et Dunkerque d'où provenaient par bateaux entre 1753-1772, du café de la Martinique, du vin de Malaga, des pains de sucre, du poivre noir, du cinabre, du riz et des étoffes.... Cet homme d'affaire fit dans sa résidence de nombreux travaux : de 1768 à 1771, il s'intéressa à la rénovation du château "supérieur" et plus précisément au bouvier (l'étable), au coursoir (grande salle supérieure ?) et à la terrasse qu'il fit orner de colonnes et de balustres en pierre provenant du château de Saint-Sulpice dans la vallée du Celé . Propriétaire récoltant, il s'employa à doter le château "inférieur" d'un cuvier et d'un chais de vastes dimensions. Il embellit aussi la chapelle familiale en l'église paroissiale pour laquelle il commanda au stucateur italien, Marc Orsini l'ornementation de l'autel.

En 1783, il déclarait entre autre possessions un château et manoir composé de bâtiments, écurie, caves, tour et pigeonnier avec une très petite cour et... des jardins pour la consommation de la maison et joints des vergers.

Il décéda en 1797, léguant à sa fille Marguerite-Paule, épouse d'Etienne-François-Pierre de Séguin de Latour, marquis de Reyniès, l'entière jouissance de ses biens.

Extrait de "Le Castrum de Larnagol", étude de Valérie ROUSSET publiée dans le bulletin de la Société des Etudes du Lot, Tome CXXIII - Avril-Juin 2002

Publié avec l'aimable autorisation de l'auteur