Histoire du phosphate (1)

La découverte de gisements de phosphorites dans la seconde moitié du 19ème siècle a déclenché une véritable ruée vers les phosphorites, leur valeur comme engrais commençant à être connue en agriculture.  On désigne sous le nom de phosphorite un phosphate naturel de calcium compact et de structure radiée. Les phosphorites remplissent généralement d'anciennes poches karstiques riches en fossiles de vertébrés. Au Museum d'Histoire Naturelle de Paris on peut voir le squelette d'un lion plus grand que les lions actuels et très bien conservé, qui a été trouvé à Prajoux, commune de Cajarc. Mais beaucoup de fossiles ont été broyés au même titre que les nodules de phosphate ! On peut dater la période de remplissage de ces poches de -40 à -27 millions d'années, c'est-à-dire à l'Eocène inférieur à l'Oligocène final.

Les mineurs, venus d'Auvergne, extraient à ciel ouvert, à la pioche ou dans les galeries boisées pouvant atteindre 80 ou 100 m. de profondeur. Le minéral phosphorite est remonté à l'aide de wagonnets du type Decauville actionnés par un manège de un ou deux chevaux, ou simplement par paniers mus par une poulie. Le triage est alors fait par les femmes. Des tombereaux tirés par deux bœufs ou quatre chevaux sont chargés d'un poids approchant 3 tonnes. Ils appartiennent et sont conduits par des charretiers habitant les villages alentour et transportent le minéral aux moulins pour broyage. Les phosphorites broyées sont mises en sacs et expédiées en Angleterre par Bordeaux d'abord par voie fluviale sur de gabarres descendant le Lot. Le fret maritime est de 9.000 tonnes par an en 1887 pour les phosphates seulement. A partir de 1885, quand le député Decaze a créé la voie de chemin de fer, les gabarres ont disparu, et on utilisait la voie ferrée aux gares de Cajarc et Saint Martin Labouval. La compagnie anglaise, Edward Packard qui exploite dès le début sera remplacée en 1890 par la Compagnie Générale des Phosphates et Engrais du Sud-Ouest et du Centre, le siège étant à Cahors.

En 1886, sur une bande de terrain large d'environ 5 kilomètres, s'étendant de Cajarc à Montricoux (Tarn) on recensait 161 carrières occupant près de 2.000 ouvriers et produisant 30.000 tonnes par an. La découverte d'autres gisements hors du Quercy (par exemple au Maroc), l'épuisement des poches et les difficultés d'extraction ralentirent l'exploitation des phosphorites vers 1900 et la firent même abandonner. La cessation du transport par la rivière a fait que la rivière n'était plus entretenue, les auberges le long de la rivière, comme à La Soubirane,  se fermaient, et finalement en 1928 les écluses étaient vendues. Les mariniers sont partis travailler au mines d'Aubin et de Decazeville.

Dès 1870 les phosphorites de Mémerlin, des Prajoux, de Saint Jean-de-Laur furent écrasés au Moulin de Coïmbre à Cajarc qui fut malheureusement détruit lors de la construction du barrage hydro-électrique en 1942. Les phosphorites de Larnagol furent envoyées en gabarre au moulin de Cénévières, qui eut une locomotive à vapeur pour une production plus régulière. A la Soubirane une glissière partant de la route amenait les phosphates directement aux gabarres. A Larnagol une bascule fut établie pour peser les des phosphates partant en gabarre.

Les mineurs d'Auvergne s'installèrent chez l'habitant. D'autres vinrent avec leurs famille. De nombreuses pensions, auberges, et divers commerces en découlant virent le jour sur les lieux d'exploitation ou de passage des routiers. A Larnagol, il fallut créer un poste de garde-champêtre le 25 septembre 1883 afin de régler délits et différends causés par ses 670 habitants. Même si les salaires étaient modiques, ce que nous n'avons pu définir, il y eut pendant cette période de prospérité matière à dépense allant du pain aux sabots ! Donc, à Larnagol, deux boulangers et deux sabotiers.

 Texte d'Odette Angé publié avec son aimable autorisation (2013).