Larnagol, village de la vallée

Cet article est paru en 1975 dans un journal dont nous ignorons le nom. Il nous a été confié par Wilfrid Ortalo-Magné qui l'a retrouvé dans la grange Andissac.

LE LOT A TRAVERS SES COMMUNES

LARNAGOL, VILLAGE DE LA VALLEE

C'est dans la vallée du Lot, à mi-chemin entre Cahors et Figeac, que se dresse le village de Larnagol accroché aux rochers qui dominent la rivière. De la terrasse de l'ancien château qui surplombe tout le village, le voyageur peut découvrir les petites ruelles qui cachent de vieilles maisons aux volets fermés, et la silhouette de Calvignac qui se dresse à quelques kilomètres.

 

La commune est étendue et ses 2300 hectares grimpent des berges du Lot au causse de Cajarc, ce qui pose à M. Ortalo, premier magistrat de Larnagol, de sérieux problèmes avec l'entretien des chemins.

Conseiller municipal de 1947 à 1953, adjoint au maire de 1953 à 1959, maire depuis cette date, M. Ortalo connait sa commune dans les moindres détails.

Les 192 habitants qui peuplent Larnagol sont tous des amis. Pour chacun d'eux, ou presque, il a fallu régler un petit problème, et bien que la mécanisation réduise les contacts qu'ils avaient entre eux, l'esprit « de famille » existe quand il s’agit de leur commune, et à tour de rôle chacun est prêt à donner un coup de main à l’autre.

MAIRE DEPUIS 16 ANS

Maire depuis 16 ans, M. Ortalo nous parle de son village : « Larnagol devient peu à peu une commune de résidences secondaires. Jusqu’à ce jour, elle vivait de l’agriculture, tabac, maïs semence en culture d’appoint qui remplace les céréales, un peu de maraîchage aussi c’est-à-dire céleris et salades, mais ces cultures sont de plus en plus difficiles de nos jours, dans de petites exploitations et les jeunes ne restent pas. J’ai essayé de faire appel à tous pour un remembrement, mais certains ont fait la sourde oreille.

Notre situation géographique nous défavorise, étant à 30 km de Figeac et à 40 de Cahors, il nous est impossible d’attirer les personnes qui travaillent dans ces centres urbains. Peu à peu, la plupart des maisons deviennent donc des habitations secondaires, et à ce jour nous en avons plus de 50.

En période d’été, le village s’anime, les contacts entre la population estivale et sédentaire sont excellents, les vacanciers participent, s’intègrent à notre vie, préparent l’animation avec nos jeunes, tout cela est important.

Quand j’ai pris la tête des administrés de Larnagol, il y avait beaucoup à faire. Le village avait un certain retard et les gens s’en allaient. Ma première action s’est portée, bien sûr, sur l’adduction d’eau.

Après avoir demandé un crédit pour l’eau, j’ai fait faire une étude pour savoir ce que chacun aurait à payer. Quand j’ai eu les résultats, je les ai communiqué à la population qui en a trouvé le prix trop excessif et j’ai obtenu 33 ? réponses favorables contre 37 défavorables.

A la suite de cela, le ciel étant avec nous, il y a eu une belle sécheresse et chacun s’est trouvé bloqué. J’ai donc fait faire une seconde étude qui s’avérait meilleur marché, en apparence, puis j’ai proposé une franchise de 40 m3 et l’on a commencé les travaux. Nous venons de terminer la 2e tranche, ce qui représente plus de 30 km de conduits avec des problèmes de dénivellation incroyables, mais à ce jour nous avons pratiquement terminé. »

Le maire baisse la tête, non il n’a pas terminé, et il le sait, il pense au projet de l’hôtel qui doit bientôt se construire sur le causse, dans une zone non encore alimentée, mais il a du courage, de la ténacité, et là aussi il réussira comme il a réussi partout ailleurs.

LE BUDGET

« Notre budget n’est pas énorme, il est de 8 millions d’anciens francs (1) pour 1975 et nous sommes bloqués par des augmentations obligatoires. Larnagol n’ayant plus d’école, les enfants vont à  Cajarc, le CEG (2) vient d’augmenter la redevance, sans parler de la taxe d’incendie.

A notre actif, nous avons le ramassage des ordures, nous nous sommes groupés entre villages et le système fonctionne bien puisque peu à peu d’autres communes se sont jointes à notre action.

L’un de nos gros problèmes tient au fait que le village est adossé aux roches, ce qui nous oblige à construire des murs de soutènement qui nous coûtent très chers. Nous avons, heureusement, des subventions importantes car sans cela nous ne pourrions y parvenir. »

M. le Maire parle lentement, des autres. Sur lui, sur son action, il est d’une discrétion absolue. En quelques années, Larnagol s’est transformé peu à peu. Sans vouloir jouer cloche-merle, il a fallu raser pour installer des waters publics souterrains, car tout y est prévu pour le touriste de passage. Le seul restaurant existant a fermé ses portes il y a peu de temps, mais un autre va se construire. C’est à l’initiative du maire que la fête du village a été reprise après avoir été abandonnée il y a longtemps. Durera-t-elle ? Les orchestres sont chers, l’animation n’est plus rentable, mais, là encore, M. le Maire trouvera sans aucun doute le moyen de maintenir la tradition, car à Larnagol, M. Ortalo est un peu le père du régiment. Il a un rôle délicat.

« L’esprit des gens n’est plus tout à fait le même qu’autrefois. Dans les petites affaires de famille, il a fallu que j’intervienne souvent car le maire est écouté. Pour les affaires plus importantes, ils s’adressent plus facilement à leur élu local, conseiller général ou député avec lesquels ils ont de fréquents contacts.

Dans le temps, le village était une grande famille, les travaux des champs permettaient des réunions au cours desquelles on pouvait discuter. Nous nous réunissons encore, mais nous sommes tenus de suivre le rythme de la machine qui ne laisse plus le temps de bavarder.

Après avoir restauré les bâtiments communaux, nous avons entrepris dans l’ancien château, devenu par la suite l’école, de créer une salle des fêtes. C’est donc maintenant dans cette salle des fêtes que se font maintenant les rencontres à l’occasion d’un banquet ou d’une quine, raffermissant l’affection et permettant aux amis et aux autres de fraterniser. »

FRATERNISER

Fraterniser, c’est un mot que M. Ortalo connaît bien car on ne reste pas le maire 16 ans sans aimer sa commune, c’est souvent se donner à elle en délaissant l’intérêt privé pour l’intérêt public, même si quelquefois l’ingratitude de certains vous décourage un peu.

M. le Maire est sur la route après avoir escaladé les marches qui mènent à la mairie pour la 10e fois de la journée, après avoir vérifié l’état des gouttières, des balustrades, des murs, il surveille encore, puis à la nuit tombée, il ira se reposer sachant que si ce jour tous les problèmes sont réglés, demain il en surgira d’autres.

M. Ortalo ne craint pas les lendemains d’un maire, depuis 16 ans il y fait face, entouré d’un conseil municipal qui lui apporte tout son appui, et il gagne chaque fois pour le bonheur de ses administrés.

G. PONS

 

(1) Compte tenu de l'érosion monétaire due à l'inflation, le pouvoir d'achat de 8000000 anciens francs en 1975 est le même que celui de 53962,59 euros en 2012 (la conversion prend en compte le passage des « anciens » francs aux « nouveaux » francs en 1960 et le passage des francs aux euros en 2002).

(2) Collège d’Enseignement Général

Vous pouvez retrouver l'article original dans l'espace ECRITS en suivant ce lien