L'agonie de Larnagol

 

En 1958, un journal, dont nous ignorons le nom, prédisait l’agonie de Larnagol.

 

Tous ceux qui y ont vécu depuis cette date et ceux qui y vivent aujourd’hui peuvent bien assurer que cela n’a pas été le cas.
Voici le texte de cet article :

 

L’agonie de ces villages... le drame de la terre de France

 

Dans le désert des Causses

 

Ce geste d’impuissance, je l’ai vu esquisser dans plusieurs villages, condamnés eux aussi, des Causses du Quercy, et notamment à Espédaillac, tombé de près de 1300 à 281 habitants. Les raisons de cette chute ? L’isolement, toujours l’isolement au cœur d’un plateau pierreux, le coût du matériel agricole, les sécheresses qui, en une semaine, condamnent à mort des exploitations, mais aussi la terrible mentalité de certains exploitants.

 

Espédaillac pourrait ressusciter si l’on reboisait les alentours de la ville qui, aujourd’hui dénudés, ont modifié le régime hydrographique de la région. Il revivrait si l’on pouvait s’entendre pour que chaque famille dispose de cent hectares, au lieu des 67 sur lesquels, en moyenne, elle végète. Les solutions ? Chacun les connait. La jeune génération voudrait les voir appliquer... Mais les maisons tombent déjà en ruines et, sur des kilomètres, c’est déjà le désert.

 

Geste d’impuissance, toujours, près de Cajarc, la patrie de Françoise Sagan, à Larnagol, alanguie au bord même du Lot. Ici, l’eau ne manque pas, mais elle est dangereuse, elle a fait des victimes. Alors, on a quitté le village... comme si un mauvais sort avait été jeté sur lui. Pour y revenir, il n’y a plus que les anciens, les « émigrants », ceux qui, partis occuper un poste aux chemins de fer après l’autre guerre - on compte beaucoup d’ex-cheminots dans la région - sont revenus finir leurs jours dans le décor de leur jeunesse, mais qui ne peuvent plus être considérés comme appartenant à la « population active ».

 

Il reste dans le bourg un jeune homme, Pierrot, et, là-haut sur le Causse, près des terres incultes, une jeune fille, une seule. Ils ont vu l’un et l’autre les gens venir en vacances. Ils les ont écoutés. Ils ont sans doute conclu qu’eux-mêmes n’avaient pas beaucoup d’agrément dans notre coin.

 

« Partiront-ils ? Resteront-ils ? Quoi qu’ils fassent, ils n’empêcheront pas que, dans dix ans, il ne restera pas ici cinq maisons vivantes, parce que nous sommes trop pauvres, désormais, pour assurer le confort et la salubrité de la commune... »

 

Pessimisme ? Peut-être. Il n’en reste pas moins que l’histoire présente de Larnagol, comme celle de cent autres villages terriens, pose un grave problème. Comment le résoudre ? En se souvenant de cette formule, valable aussi bien en ville que chez les ruraux, lancée récemment par un super-préfet à la télévision : « L’économique ne se fait pas sans le social. » Mais en se rappelant aussi que le territoire agricole français est mal utilisé.

 

Remettre sur pied l’agriculture française, afin d’éviter qu’un manque de productivité se traduise par un revenu brut faible, rompre le déséquilibre de vie entre le paysan et celui qui est traditionnel de nommer le « Français moyen », voilà l’idéal grossièrement résumé en une ligne.

 

Mais c’est seulement au prix de cet idéal qu’on empêchera les villages de mourir.

 

Ch. DAUZATS

 

 

Extrait de la revue n°717 décembre 1958

 

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