Constant Breil / 1914-1918

Constant Breil est l’un des rares jeunes larnagolais qui a vécu entièrement la première guerre mondiale et qui en est revenu.

Constant Breil est né en 1888 (classe 1908). Après une période de deux ans de service militaire au 10e régiment de dragons, il revient au pays en 1911 avec un certificat de bonne conduite. Il se marie en 1912 avec Esther Breil. Ils ont un premier enfant, Charles, en 1913.

Quand la guerre éclate en août 1914, il a 25 ans.

Il est alors incorporé à son régiment du 10e Dragons où il fera ses classes et obtiendra le grade de brigadier. En novembre 1915, il rejoint le 4e Bataillon de Chasseurs à Pied avec lequel il connaîtra l'Enfer de Verdun: Douaumont, Bezonvaux, le bois de la Caillette, le Mort-Homme, la cote 304:

Le 13 avril 1916, le bataillon est appelé à la cote 304, que l'ennemi attaque toujours furieusement ; son artillerie martèle les positions françaises sans répit. Il n'existe aucune organisation pour se mettre à l'abri des coups. La terre, constamment bouleversée par les explosions, ne permet pas la construction du moindre élément de tranchée. Les chasseurs sont dans la boue, sans cesse augmentée par une pluie diluvienne. Ils restent ainsi neuf jours sous la mitraille. Les pertes sont élevées, mais les soldats du Kronprinz, dont il faut reconnaître l'obstination, n'entament pas le front du bataillon. Retiré de cet enfer, le 4e BCP va au repos dans la Somme. Il traverse Abbeville. La population de cette ville est saisie d'émotion. Les chasseurs, encore couverts de boue, défilent crânement malgré la fatigue qui pâlit un peu leur visage.  (1)

Le 21 mai 1916, Constant Breil est incorporé au 12e régiment de cuirassiers. Le 12e RC est transporté le 9 juillet 1916 à Saint-Just-en-Chaussée pour une période de repos. Puis séjour dans la région de Rethondes où il tient un secteur en bordure de la forêt de Laigue et subit des bombardements qui causent des pertes. En octobre et novembre, il occupe des tranchées dans la région de Rosières-en-Santerre et participe de façon limitée à la bataille de La Somme. Lorsqu’il quitte la région, le Général LEVI, Commandant la 25ème D. I., écrit au Général FÉRAUD, Commandant la 7ème D. C. :

Je crois de mon devoir de vous signaler la discipline, le silence, le dévouement, la camaraderie de combat, le courage et la calme bravoure des beaux Cuirassiers du 5ème Régiment (Colonel Du MENIL) et du 12ème (Colonel BLACQUE-BELAIR) qui ont travaillé pour la 25ème Division pendant les journées du 27 Octobre au 12 Novembre.

Fin novembre 1916, le régiment part pour Soissons dont le 6 décembre  il tient les faubourgs Nord et Est ; il subit des pertes à cause de bombardements très durs. Fin janvier 1917, le 12e RC est relevé et va passer quatre semaines au camp de Mailly. Après l'offensive du Chemin des Dames à laquelle il ne participe pas, le 12e RC part pour la région de Reims: il occupe le 3 mai les tranchées de la Pompelle  et de la ferme d'Alger. Il y restera jusqu'au milieu de janvier 1918 subissant des coups de main, des bombardements, des nappes de gaz  (350 tués, blessés ou intoxiqués durant cette période de 8 mois et demi).

Le régiment part ensuite vers Amiens et Ailly-sur-Noye où l’ennemi menace de prendre la route de Paris en avril 1918. Le 11 du même mois, le régiment est relevé et se voit cité à l’ordre de l’armée :

Régiment d'un moral très élevé et d'une superbe tenue au feu. Sous le commandement de son Chef, le Colonel De GISSAC, a contribué, le 4 Avril 1918, par sa ténacité, à arrêter une attaque ennemie qui, par sa réussite, aurait eu les plus graves conséquences, et a, le lendemain, par une contre-attaque menée avec le plus vigoureux élan, regagné du terrain, fait des prisonniers et capturé des mitrailleuses.

En mai 1918, le régiment est au chemin des Dames et y subit une violente attaque. Relevé en juin, les hommes partent à Saint-Mihiel où les alliés américains et anglais sont à l’œuvre et où, le 12 juin, Constant Breil s’illustrera par son courage ce qui lui vaut une citation à l’ordre de la brigade.

Les combats sont rudes ainsi que le mentionne le journal du régiment (2) :

12 septembre : L’heure H est fixée à 9 heures pour l’attaque du 12e cuir., pour celle du 8e cuir. à sa gauche et pour le coup de main fait par le 121e RI à sa droite.
A 1 heure commence le tir de préparation de l’artillerie. l’AT n’ayant reçu aucune bombe ne peut pas tirer. Les brèches doivent être faites par le 75, mais l’AC ne pouvant atteindre les réseaux qu’avec des charges à tir reduit, dispose d’un nombre d’obus insuffisant.
A six heures les 2 Btns occupent le dispositif de départ : 1er Btn plus la 6e Cie dans les tranchées Solférino, Alba et dans les boyaux Central et Colombel, 2eme Btn en arrière dans la tranchée Robida.
De nombreuses mitrailleuses s’étant dévoilées dans la 1ere ligne ennemie, le colonel donne à 7h45 l’ordre au Cdt Pagès de faire sortir à 8h45 quatre patrouilles pour vérifier l’existence des brèches dans les réseaux et prescrit que l’heure H sera retardée de 2 heures. En même temps il donne l’ordre à l’AC de prendre pour objectif la première ligne ennemie.
Les patrouilles de la Cie de gauche sont arrêtées immédiatement par des mitrailleuses, celles de la Cie de droite reconnaissent l’existence de brèches en avant d’elles mais sont prises à partie par le feu ennemi.
A 10h45 le colonel reporte à 13h l’heure de l’attaque et il prescrit au groupe de 155 d’exécuter un tir de démolition sur les mitrailleuses repérées en 1ère ligne. Ce tir est prolongé jusqu’à 13h15. A 13h45 l’AC exécute un tir d’aveuglement sur la 1ère ligne.
A 14h la 3e Cie [celle de Constant Breil - NDLR] se porte en avant et traverse le glacis de 400 mètres sous le feu des mitrailleuses et sous un violent tir de barrage ; elle s’empare de la première ligne ennemie où elle trouve un blockhaus de mitrailleuses bétonné encore intact.

C’est au cours de cette attaque du 12 septembre, entre 14h et 16h, que Constant Breil sera blessé.

JMO 12e régiment de cuirassiers - 1er janvier - 31 décembre 1918 - Blessure de Constant Breil

Après plus de 4 ans de combat, Constant Breil sera démobilisé le 6 mai 1919 et rentrera dans son village. Cité plusieurs fois comme un soldat exemplaire, il aura parcouru pendant la guerre près de 1500 km dans le nord et l’est de la France, au début à cheval, parfois en train ou en camion, souvent à pied, et combattu plus souvent qu’à son tour.

Le parcours de Constant Breil entre 1914 et 1918

Vous pouvez retrouver les documents concernant Constant Breil dans le dossier ECRITS qui lui est consacré.
(Merci à Didier Breil pour l’envoi de ces documents).

Télécharger au format PDF Télécharger le parcours complet de Constant BREIL
(Texte de Didier Breil publié avec son aimable autorisation)

 

(1) Extrait de l'historique du 4e BCP
(2) JMO 12e régiment de cuirassiers - 1er janvier - 31 décembre 1918 - Cote 26 N 877/18 - Page 78/95