L'école avant 1870

Impuissante à réaliser son « grand rêve pédagogique », la Révolution n'en avait pas moins clairement affirmé la responsabilité de l'Etat en matière d'éducation. Ni le Consulat ni l'Empire n'en remettent en cause le principe : aucune école n'est censée échapper au monopole public, solennellement proclamé lors de la fondation de l'Université, en 1806. En réalité les écoles primaires sont totalement laissées à l'initiative des communes et des particuliers. L'ordonnance de février 1816 (étendue aux écoles de filles en 1819) , tout en veillant à ce que « l'instruction primaire soit fondée sur la religion, le respect pour les lois et l'amour dû au souverain », incite les communes à ouvrir des écoles en créant un brevet de capacité à trois degrés (dont les congréganistes seront en fait dispensés) et met en place des instances de contrôle : un comité cantonal de surveillance et, au village, deux surveillants spéciaux (le maire et le curé). (1)

L'instruction primaire à Larnagol est assez ancienne comme le prouvent des documents des Archives Départementales du Lot (2). Dans ces documents figurent plusieurs tableaux faisant un état de la scolarisation dans le canton de Cajarc pour 1819, 1821 et 1822.

En 1819, seules 5 communes ont une école, Cajarc, Gréalou, Larnagol, Larroque-Toirac et Toirac.
Pour Larnagol on peut y lire : Population : 737 habitants
Nombre d'enfants susceptibles d'être appelé dans les écoles primaires : garçons : 60 ; filles : 60 ; total : 120
Nombre des enfants reçus dans les écoles actuellement existantes : garçons : 30 ; filles : 0 ; total : 30 ; différence : 90
Nombre des écoles et fonds sur lesquels elles sont entretenues

- Ecole d'enseignement mutuel : néant
- Ecole d'enseignement individuel : une école pour les garçons ; l'instituteur reçoit 120 F de la commune et perçoit une rétribution de chaque élève.
- Ecole d'enseignement de frères : néant
Ecoles projetées et en cours d'exécution
- Ecole d'enseignement mutuel : on se propose d'ouvrir un établissement et le maire se recommande à cet égard à la bienveillance de M le préfet ; on sera embarrassé pour trouver un local propre au logement
- Ecole d'enseignement individuel : néant
- Ecole d'enseignement de frères : néant

Observation : il s'était établi une école pour les filles, déjà le nombre des élèves augmentait considérablement, mais le défaut de logement et l'insuffisance des revenus communaux a été cause que cette école n'a pu subsister.


L'école au XIXe siècle (affiche de classe quelque peu misérabiliste)

Pour 1821 la situation est à peu près la même pour Larnagol qui a 30 garçons et 20 filles scolarisables et seuls 25 garçons vont à l'école (le nombre des enfants scolarisables a beaucoup diminué).

Pour 1822, pour LARNAGOL, on trouve :
Nombre d'enfants susceptibles d'être appelé dans les écoles primaires : garçons : 30 ; filles : 30
Nombre des enfants reçus dans les écoles actuellement existantes : garçons :  12 ; filles : 0
Nombre des écoles existantes : garçons : 1 ; filles : 0

Une lettre du Préfet du Lot du 21 décembre 1821 donne une petite idée de l'état de l'instruction primaire dans le département à cette époque ; en voici un extrait : Les causes de la situation fâcheuse de l'instruction primaire dans le département du Lot. En se référant aux observations précédemment faites on ajoutera ici que la proportion dans les communes rurales des enfants susceptibles de fréquenter les écoles ne saurait être en général portée au-delà du 20ème de ceux existant à raison soit du défaut d'aisance des habitants des campagnes soit de l'habitude créé par le besoin d'employer les enfants dès qu'ils sont à même de servir à la garde des troupeaux ou à d'autres activités à leur portée, soit enfin de l'isolement des habitations disséminées sur un terrain aride et trop éloignées des lieux où les instituteurs sont ou pourraient les établir.

Nous allons voir à présent les problèmes de l'école de Larnagol au travers des délibération du Conseil Municipal et en indiquant parfois quelques grandes dates des décisions nationales utiles à la bonne compréhension.

Tout d'abord une date importante.

28 juin 1833 : La loi Guizot marque une nouvelle et décisive étape dans la mise en place de l'institution primaire. Désormais, toute commune est tenue d'entretenir au moins une école primaire élémentaire. On y enseignera l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures  (1). Pour améliorer la formation des maîtres, la loi prévoit une école normale par département. En 1833, l'école normale d'instituteurs de Cahors est crée (les écoles normales avaient été crées en 1810, puis généralisées par la loi Guizot de 1833).

Quant au Conseil Municipal il donne son avis :

Le 12 mai 1835  .... Qu'il importe de faire toute sorte de sacrifice pour construire une école primaire communale où les enfants des familles pauvres comme ceux des familles riches puissent recevoir l'instruction que la loi .....  et le même jour dans une histoire de budget on trouve entre autre :
- pour loyer de la maison commune : 40 F
- pour le logement de l'instituteur : 20 F

Le 30 août 1835 le C.M considère encore le problème de l'instruction primaire.
M le président a donné connaissance de la circulaire de M le préfet en date du 17 août courant, relative à l'instruction primaire, et l'a invité spécialement à délibérer sur les objets mentionnés dans les articles 1 et 8 de l'ordonnance royale du 16 juillet 1833, rendue pour l'exécution de la loi du 28 juin précédant ; Sur quoi le conseil

Vu la loi et l'ordonnance précités, ainsi que les diverses instructions  de M le préfet.

Considérant qu'il importe de faire toute sorte de sacrifice pour l'entretien d'une école primaire communale où les enfants des familles pauvres, comme ceux des familles aisées, puisent recevoir l'instruction que la loi assure à tous citoyen français

Délibère

1°  le traitement de l'instituteur est fixé à la somme de 200 francs
2°  il est alloué une somme de 20 francs pour le loyer de la maison d'école, y compris le logement de l'instituteur
3°  le prix de la rétribution mensuelle est fixé comme suit, savoir
- pour ceux qui apprennent à lire : 1 F
- pour ceux qui apprennent à lire et à écrire : 1 F 50
- pour ceux qui apprendront en outre les éléments de l'arithmétique : 1 F 50
4°  au moyen du traitement qui lui est accordé sur ces fonds communaux , l'instituteur sera tenu de recevoir gratuitement le nombre de huit enfants de familles pauvres, dont le tableau lui sera remis à l'ouverture des classes
5°  pour subvenir aux dépenses de l'instituteur primaire, il sera imposé au rôle général de la commune pour 1836, deux centimes et demi additionnels au principal des contributions foncières, personnelles et mobilières, des portes et fenêtres et des patentes.

Et ont, les membres dénommés ci-dessus, signé au registre


L'école à la fin du XIXe siècle (tableau de Henri Jules Jean Geoffroy 1853-1924)

En mars 1850, une loi importante, la loi Falloux :

Votée dans un climat de méfiance à l'égard des instituteurs laïques, la loi Falloux vise à renforcer l'enseignement confessionnel. L'église obtient à la foi davantage d'influence sur l'école publique et davantage de liberté pour ouvrir des écoles privées. De nombreuses dispenses du brevet sont prévues pour les instituteurs congréganistes, et pour les sœurs, une simple lettre d'obédience fournie par leur supérieur tient lieu de capacité. Les écoles normales, placées sous haute surveillance, sont sauvées de justesse. Par d'autres aspects, pourtant, la loi prolonge l'œuvre antérieure. Le salaire minimal garanti aux maîtres est porté à 600 francs. Et pour la première fois, l'Etat impose aux communes de plus de 800 habitants d'ouvrir une école de filles....  (1)

Le 14 février 1864 le C.M nous apprend qu'il y a eu aussi une institutrice libre à Larnagol depuis 1852
Le maire expose que mademoiselle Adèle Fort âgée de 37 ans, institutrice libre pourvue d'un brevet de capacité délivré à Cahors le 4 août 1849, exerce depuis 12 ans les fonctions d'institutrice à Larnagol, moyennant le minime traitement de 50 francs, que toujours sa conduite a été des plus régulière et digne d'éloges et qu'elle a toujours, avec zèle, donné à tous ... ?... aux jeunes filles qui lui ont été confiées ..... crédit de 50 francs pour compléter traitement à 100 francs à l'effet d'obtenir que Melle Adèle Fort fut nommée institutrice communale ....

Comme on peut le voir ci-dessus la commune de Larnagol qui n'a à l'époque que 780 habitants n'est pas obligée d'avoir une école de filles pour se conformer à la loi Falloux. Il existe depuis 1852 une école de filles, mais c'est une école libre, cependant en 1864 la municipalité désire en faire une école communale. Ce désir est-il devenu réalité rapidement ? En 1874, comme on le verra ultérieurement, c'est déjà fait ; et le bâtiment d'école aménagé vers 1870 prévoit une classe pour les filles.

C'est en 1866 que le recensement de la population du village nous donne quelques indications sur le degré d'instruction. Sur une population de 784  habitants (sexe masculin 393 dont, 181 garçons, 191 hommes mariés, 21 veufs ; sexe féminin 391 dont, 159 filles, 186 femmes mariées, 46 veuves), on rencontre :
- ne sachant ni lire ni écrire : masculin : 193 (49,1%), féminin : 300 (76,7%)
- sachant lire seulement : masculin : 33 (8,4%), féminin : 41 (10,5%)
- sachant lire et écrire : masculin : 152 (38,7%), féminin : 45 (11,5%)
- dont on n'a pu vérifier : masculin : 15,féminin : 5

Deux dates importantes :

20 août 1866 : Création du certificat d'étude primaire.

10 avril 1867 : (Victor Duruy) organisation de l'enseignement primaire féminin ; création de la Caisse des écoles.

Il est temps de se poser une question. Où était le bâtiment abritant l'école ?
Nous n'en savons rien. La commune devait louer un local dans une maison du village.
C'est en 1870 que la commune achète le bâtiment qui va désormais abriter l'école et la mairie.

Texte d'André Fizames publié avec son aimable autorisation

(1) Les écoles de la République ; édition Eclectis, CAMIF

(2) Archives Départementales du Lot, côte 1 T 38