La fraise

Bien que la culture de la fraise soit pratiquée en France depuis longtemps, ce n'est qu'après la Première Guerre Mondiale que celle-ci s'est développée à Larnagol (et dans la vallée du Lot de Cajarc à Prayssac). L'arrêt de la viticulture à cause des maladies y est sûrement pour beaucoup ; les agriculteurs du village ont été obligés de trouver des ressources de remplacement, parmi lesquelles on trouve le tabac et la fraise.

La fraise était essentiellement cultivée dans les plaines fertiles du village et surtout dans la plaine de Seuzac. On peut voir là le côté positif des crues du Lot qui améliorent la terre par les alluvions qui s'y déposent. Les premières plantations furent faites avec la variété Vicomtesse Héricart de Thury, plus communément appelée Héricart ou fraise du Lot.

A l'origine, c'est l'Héricart qui a fait la réputation des fraisiculteurs lotois. Elle est merveilleusement adaptée aux sols perméables des alluvions anciennes ; naturellement savoureuse, elle développe dans ces terrains plutôt secs un arôme supérieurement délicat et y acquiert une longévité remarquable, puisqu'elle excède fréquemment 10 et 15 ans., Quelques reproches lui sont cependant adressés : faible rendement, ramassage coûteux parce que fruit petit. On l'accuse même de dégénérer. (1)

Cependant cette variété ne se plait pas dans les alluvions récentes ; d'autres variétés sont alors cultivées : Alphonse XIII, Royal Sovereign ont été essayées simultanément à l'Héricart qui reste, incontestablement, la fraise du Lot.

En 1929 la superficie complantée en fraisiers atteignait 330 hectares, fournissant un rendement total de 12.000 quintaux environ représentant une valeur de quatre millions de francs. 5.250 quintaux furent expédiés par fer hors du département. Dans la période 1925-1929 la production moyenne a été de 5.275 quintaux par an valant 472 francs le quintal. (1)

A cette époque, le transport se faisait en train au départ de Cajarc ou Calvignac.

Les fraises sont expédiées en paniers de 3 kg groupés par quatre. Mais le délai d'acheminement reste long et les fruits n'arrivent aux Halles de Paris que le surlendemain.

Vers 1950, le développement de la culture de la fraise dans le Lot va imposer la mise en place d'une organisation plus rigoureuse pour simplifier le transport et en raccourcir les délais. Une coopérative est crée pour regrouper la production.

Des camions collectaient la récolte tous les jours et la transportait à la gare de Caillac, près de Cahors.

Le développement de la production pour l'exportation, notamment l'Angleterre, impose de raccourcir encore le délai de transport afin que les fruits arrivent plus rapidement à destination dans un état de fraicheur impeccable. Un service de douane au départ des trains, avec plombage des wagons, permet d'éviter l'arrêt à la frontière.

Les agriculteurs traitaient avec des mandataires aux Halles de Paris et ils étaient payés régulièrement. C'est le facteur du village qui était chargé du paiement aux agriculteurs lors de sa tournée, ce qui lui occasionnait un surcroit de travail important.

Ces revenus étaient relativement importants puisqu'en 1956 ils ont permis à Jean Lestang d'acheter leur premier tracteur qui coûtait alors plus de 720.000 francs. (2)

Dans le carnet de compte de Louis PONS, on retrouve la comptabilité des paniers et cageots de fraise, ainsi que la mention du mandataire F.MICHEL aux halles de Paris.

A Seuzac, la saison des fraises commence au tout début du mois de mai. Elle dure tout le mois. Au début du mois de juin, quand la production murit plus vite, les fraises sont alors envoyées aux fabricants de confiture.

Pendant le mois de mai, la récolte des fraises exigeait une main d'oeuvre importante ; ce sont souvent des jeunes filles issues d'autres régions qui étaient recrutées spécialement pour ce travail. On les appelait les fraiseuses.

Les grèves à répétition à la SNCF et particulièrement celle de mai 1968 auront raison de la culture de la fraise à Larnagol. Si le fruit est encore cultivé aujourd'hui, les quantités produites et les revenus qui en sont retirés sont sans commune mesure avec ce qui se pratiquait auparavant.

Pour consulter le carnet de compte de Louis PONS, cliquez ici :

Remerciements : Bertrand Lestang et Jacqueline Ayral

(1) Statistique agricole de la France. Annexe à l'enquête de 1929 : Monographie agricole du département du Lot / par L. Gay,... R. Gromas,... avec la collaboration de M. Ph. Maturié, 1937

(2) Compte tenu de l'érosion monétaire due à l'inflation, le pouvoir d'achat de 720884 anciens francs en 1956 est le même que celui de 14669,67 euros en 2012.