Le facteur

Le facteur fait partie du quotidien de chaque village ; pourtant à Larnagol, on ne trouve pas de trace d'un facteur avant la Première Guerre Mondiale. Il n'en est fait aucune mention dans les recensements jusqu'en 1911, pas plus que dans les différents documents communaux.

 LE FACTEUR A LA FIN DU XIXe SIECLE

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, le facteur rural, c'est-à-dire celui qui dessert une commune n'ayant pas de bureau de poste, est considéré comme un domestique par l'administration et la bourgeoisie locale. Il est très mal payé, son travail est fatigant, ses journées sont longues. En 1880, il y a plus de 20.000 tournées rurales qui desservent 30.000 communes. 97% de ces communes ne sont desservies qu'une fois par jour (à rapprocher des sept dessertes urbaines à Paris). Notre bon facteur rural effectue en moyenne 27 km par jour. [...]

Jusqu'en 1889, les facteurs ruraux travaillent tous les jours de la semaine, tout comme les domestiques des grandes maisons d'ailleurs. Situation paradoxale quand on sait qu'à cette époque le plus petit artisan observait le repos dominical et ne travaillait pas les jours de fête. Pour ce travail, le facteur rural est payé 8 centimes par kilomètre parcouru.

L'uniforme du facteur rural a longtemps été la simple blouse bleue. Seul le col rouge et la casquette de drap vert (puis bleu à partir de 1883) le distinguent du paysan de nos contrées. La tenue des facteurs va peu à peu s'uniformiser. En 1889, le facteur rural porte la même casquette que le facteur de ville. Puis un veston-vareuse lui sera attribué tous les deux ans. Mais il faudra attendre l'après-guerre et les années 1920 pour que l'uniforme des facteurs devienne vraiment...uniforme. (1)

 

 

MOYENS DE LOCOMOTION DES FACTEURS RURAUX

Au début du XXe siècle, une tentative de distribution par véhicule automobile fut faite dans le Loiret. Elle fut vite abandonnée : les automobiles françaises étaient trop chères et pas suffisamment fiables. Il faudra attendre l'apparition de la 2 CV Citroën pour que cet essai devienne probant.

Par contre la bicyclette (le vélocipède à l'époque) est un moyen de transport économique et suffisamment robuste pour affronter les routes de campagne. Les premières bicyclettes pesaient 17 kg et coûtaient 260 francs. Cela représentait tout de même une somme importante pour un facteur rural (environ quatre mois de salaire) qui devait acheter l'engin sur ses deniers personnels. Il faudra attendre 1902 pour qu'une indemnité de quinze francs par mois soit allouée aux facteurs ruraux ayant une tournée de plus de 32 kilomètres.

Ce n'est qu'après la Grande Guerre, dans les années 1920, que l'usage de la bicyclette se généralisera.

En 1926, une tentative de Poste Automobile Rurale (P.A.R.) est tentée en Dordogne : un petit autobus équipé de banquettes faisait à la fois office de véhicule postal, de transport de passagers, de transport du courrier vers les autres communes et de bureau de poste itinérant. A la fin de l'année, il y avait 50 circuits P.A.R. En 1939, c'était 391 P.A.R. qui transportaient plus d'un million de voyageurs et desservaient 4.400 communes. La guerre et les restrictions de carburant mirent fin prématurément à cette expérience. (1)

LE FACTEUR A LARNAGOL

Les comptes-rendus du conseil municipal nous permettent d'approcher les problèmes qui se posaient entre les deux guerres au sujet des Postes, des facteurs, des boîtes aux lettres et de la distribution du courrier. La première évocation, relevée en 1919, concerne un problème encore d'actualité au moment où nous écrivons ces lignes : le repos dominical des facteurs.

Le 9 octobre 1919, le problème du repos dominical des facteurs est évoqué

M le maire expose au Conseil les modifications apportées dans le service des Postes.

Après cet exposé, le Conseil considérant que la fermeture des bureaux de Poste pendant l'entière journée des dimanches et la non-distribution des correspondances dans les communes a produit des conséquences regrettables et dommageables et a vivement mécontenté les populations ; que les habitants des campagnes ne disposent guère que de la journée du dimanche pour faire leur correspondance et lire les journaux ; que s'il est vrai que les cultivateurs se reposent le dimanche il y a lieu de remarquer que ces cultivateurs font un labeur des plus pénible pendant les autres jours de la semaine, la durée de leurs travaux variant de quatorze à seize heures par jour ; que les facteurs des Postes fournissent un travail beaucoup moins pénible, qu'en effet la durée moyenne de leur tournée ne dépasse pas six heures et qu'ils peuvent se reposer tous les jours la moitié de la journée , que ces agents ne peuvent prétendre que les travaux qui leur sont demandés sont excessifs et que leur salaire sont insuffisants puisque ces places sont très recherchées et que pour un poste vacant il y a toujours une foule de candidats pour le solliciter.

Considérant que ces agents comme tous les employés de l'Etat, des Départements et des Communes touchent une forte indemnité de vie chère, que cette indemnité leur est fournie au dépens des contribuables dont le plus grand nombre sont des cultivateurs et qu'il n'est pas juste que le contribuable soit toujours surchargé pour être moins bien servi. Considérant qu'il y aurait lieu de remettre de l'ordre dans les services publics et d'empêcher les grèves en établissant au plus tôt un statut définitif des fonctionnaires et agents qui les priverait du droit de se mettre en grève ; que cette mesure est nécessaire pour éviter l'anarchie dans les services publics qui ne doivent jamais être interrompus ; qu'après avoir gagné la guerre il faut gagner la paix par l'ordre, par l'union, par un travail intensif et par des économies, et que ce n'est qu'ainsi que la cherté de la vie pourra être enrayée et diminuée.

Par tous ces motifs, le Conseil, à l'unanimité, proteste contre la modification apportée dans le service des Postes et émet le vœu que ce service soit exercé dans l'avenir comme il l'était avant ces modifications.

Le 19 juin 1927,  le C.M demande la création d'une autre boîte aux lettres

Doléances des habitants des hameaux du nord-ouest de la commune qui doivent descendre chaque fois qu'ils ont une lettre à expédier à la boîte de Larnagol qui est très éloignée. Ils demandent la création d'une boîte postale au lieu dit croix de Triel. Une demande est adressée à M le Directeur des Postes à Cahors.

Le 16 octobre 1927 arrive la réponse

Lettre de M le Directeur régional des Postes faisant connaître qu'il donne son agrément mais qu'au terme des règlements les boîtes sont concédées aux communes moyennant le paiement de la moitié de leur prix d'achat augmenté des frais de manipulation et de transport. Le Conseil s'engage pour dépenser 75 F environ.

Le 26 mai 1929L'administration des P.T.T a l'intention d'organiser un circuit de Poste automobile rurale qui partira de Cajarc et qui desservira deux fois par jour (matin et soir) le chef-lieu de la commune ; grâce à ce service le public aura à sa disposition un moyen de locomotion facile et confortable pour se déplacer sans préjudice des autres avantages qui lui sont en même temps donnés (avance de la distribution postale et dans l'expédition des correspondances, opérations postales de toute nature faites sans dérangement chez le correspondant postal de la commune). Le Conseil remercie l'administration de son heureuse initiative et accorde une subvention de 100 F.

Le 1er décembre 1929 il est encore question de la Poste automobile rurale ou P.A.R

Le président a ouvert la séance et a donné connaissance d'une lettre de M le Directeur régional des P.T.T demandant l'approbation par le Conseil Municipal du départ de la P.A.R. après l'arrivée à Cajarc du train de 9h20. Le Conseil, ayant émis un vœu dans ce sens dans sa délibération du 24 mai 1929 relative à l'organisation d'un circuit de P.A.R. partant de Cajarc, pour les raisons alors invoquées , approuve le changement d'organisation.

Le Conseil demande en outre à M le Directeur de vouloir bien procéder à la création d'une halte de la P.A.R. au bas de la côte du hameau de Mas Merlin. Cet arrêt, distant de Larnagol de 3 km, se trouverait sur la ligne suivie par la poste de Larnagol à St Chels. Il tire sa raison d'être du nombre de personnes susceptibles d'utiliser la P.A.R. à ce point là et du fait que pour les voyageurs, pour la distance de Larnagol à Mas Merlin, et vice versa, doivent payer le tarif entier de Larnagol à St Chels ( 8 km )

Le 13 avril 1930 c'est la distribution du courrier à Seuzac qui est à l'ordre du jour :

Une modification est demandée par les habitants de Seuzac ; ils veulent que leur courrier leur soit remis dans la matinée, tout au moins pendant la saison des fraises, du 20 mai au 20 juin. Satisfaction peut leur être donné en procédant à la distribution du courrier dans l'ordre suivant :

1°) bourg de Larnagol 2°) bourg de Seuzac    3°) les causses

la PAR - Poste Automobile Rurale

Le 22 juin 1930 il est encore question de la P.A.R. : Le Conseil considérant que la Poste Automobile Rurale rend de réels services, qu'une subvention de 100 F est inscrite au budget primitif de 1930, décide l'inscription d'une nouvelle subvention de 50 F au budget supplémentaire.

Comme on peut le voir, en 1930, le service du courrier fonctionne bien mais il n'y a pas de bureau de poste dans le village et il n'y a encore aucun téléphone.

Le 31 octobre 1936 le C.M examine la distribution des télégrammes dans les écarts

Lettre du Directeur des Postes de Cahors : la distribution des télégrammes, messages et avis d'appel téléphoniques, dans l'agglomération de Larnagol est prise en charge par l'Administration à partir du 1er juillet 1936 et demande un décision du CM pour les écarts.

Le Conseil décide que la distribution gratuite des télégrammes, messages et avis d'appel téléphoniques dans les écarts continuera à être rémunéré par la commune . Il maintient pour le porteur la rémunération actuelle tout au moins jusqu'au 31/12/1936.

Le 13 août 1939  le Conseil vote une somme de 100 F de subvention à la Poste Rurale pour 1940

Le 12 mai 1940  le Conseil vote une somme de 100 F de subvention à la Poste Rurale pour 1941

Mais ce service a dû être abandonné pendant la guerre, du moins sous sa forme précédemment existante ; vers 1944 le facteur allait chercher le courrier à Cajarc à bicyclette.

Le 25 avril 1947  le C.M décide la suppression des frais de transport de télégrammes

Le maire propose à l'assemblée la suppression aux frais de la commune du transport des télégrammes, qui auparavant étaient supportés par celle-ci et demande qu'à l'avenir les frais de transport seront supportés par les destinataires.

Le 11 décembre 1947 le C.M examine l'entretien des boîtes aux lettres

Pour l'entretien des boîtes aux lettres de Triel et Seuzac, le Conseil assure le payement d'une somme annuelle de 20 F. – 20 F prélevés sur les dépenses imprévues.

LES DERNIERS FACTEURS DE LARNAGOL

Si on sait peu de chose des facteurs d'antan, les plus anciens se souviennent de l'époque où le facteur faisait encore sa tournée à bicyclette, tous les jours de la semaine :

Rémy Fizames fut l'avant dernier à officier à ce poste.

Gilbert Theil a eu l'honneur d'être le dernier facteur de la commune.

La maison de Gilbert Theil

Avec la participation d'André Fizames, publié avec son aimable autorisation.

(1) Le facteur in "Votre Généalogie" n°9 - Jean-Louis MOREL - 2005