Marcel Lavastrou

Marcel Lavastrou est né le 26 juillet 1902 à Larnagol. Il est le fils d'Albert Lavastrou, boulanger, et de Marie Léonie Pourcel, épicière. Albert Lavastrou fut membre du Conseil municipal de 1925 à 1944, date à laquelle il était le doyen du Comité Communal de Libération qui remplace alors le Conseil municipal.

C'est très logiquement que Marcel Lavastrou devient le boulanger du village à la suite de son père. Il épouse Paulette Dufour le 15 janvier 1925.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il ravitaille les résistants du maquis Douaumont. Cela lui vaudra d'être arrêté par la Gestapo en mars 1944 en même temps que l'instituteur André Mailhebuau (1). Ils sont tous les deux emprisonnés puis transférés vers Compiègne, ville d'où partent la plupart des convois de déportés.

Les deux larnagolais font partie du convoi parti de Compiègne le 27 avril 1944.

Parti de Compiègne dans la matinée du 27 avril 1944, à cent par wagon à bestiaux, c'est le troisième convoi de non-juifs qui, directement, est allé à Auschwitz. (2)

Il faut quatre jours et trois nuits de voyage dans des wagons à bestiaux pour arriver, le 30 avril, en fin d'après-midi, à la gare d'Auschwitz-marchandise, la ligne de chemin de fer conduisant les détenus à l'intérieur du camp n'étant pas encore opérationnelle. "La première journée, de Soissons à Charleville-Mézières, les villes se succédaient en direction du nord-est alors que la matinée de la seconde journée marquait une descente vers le sud-est, jusqu'à Metz, suivie l'après-midi d'une remontée nord/nord-est qui faisait pénétrer le convoi en Allemagne, par Trèves. Les troisième et quatrième jours, l'itinéraire s'incurvait à travers l'Allemagne : Giessen, Weimar, Dresde, puis le train filait à toute vapeur vers (...) la Pologne."
Les déportés sont d'abord parqués dans deux baraques du camp Canada de Birkenau, sur la terre nue, tout près du complexe chambre à gaz-crématoire IV. Après le tatouage (sur l'avant-bras gauche) et le passage à la désinfection, ils sont transférés au camp BIIb au bout de quelques jours. (2)

Marcel Lavastrou porte le numéro 185862, André Mailhebuau le 185983.

Entre le 12 mai et le 26 juin, le parcours de Marcel Lavastrou reste hypothétique. Des sources et des documents nous donnent bien des informations, mais celles-ci sont contradictoires.

D'une part, il semble qu'un convoi soit parti d'Auschwitz le 12 mai en direction de Buchenwald. Dans ce convoi figurait certainement André Mailhebuau, puisqu'on le retrouve ensuite à Flossenbürg où il décède le 14 janvier 1945. On peut également croire que Marcel Lavastrou s'y trouvait puisqu'on retrouve plus tard le numéro de son deuxième tatouage (52540) comme faisant partie de la série (52401 à 54029) affectée à ce convoi à son arrivée à Buchenwald.

Le vendredi 12 mai, un train est formé près de la porte principale du camp. Il emmène 1561 de ces déportés, à 60 par wagon, vers le KL Buchenwald où il arrive le 14 mai au matin. (2)

A leur arrivée au KL Buchenwald, après un nouveau passage obligé à la désinfection et l'attribution de matricules (de 52401 à 54029), les déportés sont entassés, pour la plupart, au block 57 du petit camp. Le 24 mai, 1000 d'entre eux partent au KL Flossenbürg où ils sont à nouveau immatriculés de 9312 à 10311. (2)

Cependant on peut aussi penser que Marcel Lavastrou faisait partie des malades restés à Birkenau, puis transférés un peu plus tard vers Buchenwald. En effet on retrouve son nom dans un récit de la journée du 20 juin relaté par Paul Le Goupil.

Le 20 juin 1944, un groupe de 16 tatoués parmi ceux restés au petit camp de Buchenwald, furent incorporés dans un transport pour le Kornmando de Lungenstein-Zwieberge, près de Halberstadt dans le Harz. Sous le nom de code de Malachie ou B2, ces déportés arrivés dans un des premiers convois, allaient creuser un tunnel de 11 km de long pouvant à la fois recevoir un train, plusieurs dizaines de camions, et abriter de nombreux halls destinés à la fabrication d'armes nouvelles. L'effectif du camp atteignit 5300 détenus logés dans 18 blocs et la mortalité y fut terrible puisque les 3/4 des 7000 déportés qui y furent affectés ne revinrent pas, soit morts d'épuisement dans le tunnel dont certaines galeries coûtèrent la vie d'un homme par mètre, soit assassinés dans une marche de la mort de 320 km en 10 jours où les 2/3 des 3000 participants furent abattus sur la route.

Ces tatoués BREILLER Roger, COATVAL Lucien, DAUDIN Roger, DELOBELLE Roger, FIASSON Robert, GEISSER Albert, GOUZY François, GRUPONT Jean, LAVASTROU Marcel, LETORT Yves, MEYNARD Marcel, MORASSI Olympio, PAULIN François, SAMPSON Henri, SELLIER Abel, TYPHION James, furent rejoints en septembre et octobre 1944 par 12 autres tatoués. (3)

On retrouve ensuite sa trace dans deux listes datées du 26 juin et du 29 juin, toujours avec le deuxième numéro (52540).

La première est une liste manuscrite des détenus pour le transport vers Buchenwald.

La seconde est une liste de détenus transférés dans le bâtiment des malades pour cause d'inaptitude au travail.

Le convoi des tatoués

Malgré ce qu'affirme Gabriel Pezet, on est actuellement à peu près sûr que Marcel Lavastrou n'était pas destiné aux chambres à gaz. Son tatouage en est la preuve. Par contre on en est réduit aux hypothèses concernant la destination des détenus à cause du trajet peu conforme aux usages de l'ennemi. C'est encore Paul Le Goupil qui nous livre son analyse à propos de ce convoi (l'un des rares qui dispose d'une amicale regroupant les anciens prisonniers qui ont vécu ces évènements).

Ce transport est surtout resté célèbre sous le nom de " Convoi des tatoués " à cause d'une polémique concernant les raisons pour lesquelles il avait été envoyé à Auschwitz : soit pour que les déportés y soient exterminés, soit par manque de place à Buchenwald, soit enfin pour qu'ils y soient versés dans des Kommando de travail comme le seront des Français d'autres transports venant de Dachau ou de Mauthausen en novembre 1944.
Aucun document n'a été trouvé confirmant ou infirmant l'une de ces thèses, mais les déportés ayant été tatoués dès leur arrivée à Birkenau, la première hypothèse est à écarter car les SS ne tatouaient pas ceux qui étaient destinés à la chambre à gaz.

Quant à la seconde, celle d'un manque de place à Buchenwald, la longue attente en gare de Weimar et le court séjour à Auschwitz, comme en transit, la rendent plausible. Un autre fait plaide en faveur de cette thèse : les listes. En effet, à l'arrivée d'un transport, une liste des arrivants est dressée par l'administration du camp et renvoyée au Befehlshaber der Sicherheitspolizei (BDS) de Paris, qui s'est chargé de la déportation des détenus, comme une sorte de reçu. Pour ce transport, un exemplaire a été retrouvé, dressé le 6 juin 1944 à Buchenwald et numéroté de 100 à 1677[10]. Cette liste comporte 1578 noms ; les 99 manquants ayant été remplacés par des détenus polonais ou tchèques qui n'ont rien à voir avec le transport, mais qui permettent d'avoir une comptabilité " en règle ". Ainsi, pour le BDS Paris, un convoi de 1677 déportés parti de Compiègne est arrivé à Buchenwald, comme si l'épisode d'Auschwitz n'avait jamais existé.

Par contre, dans le dossier complet d'un détenu ayant été libéré à Flossenbürg, retrouvé au siège de la gestapo de Berlin et conservé au bureau des archives du monde combattant à Caen, figure sur sa fiche d'entrée à Auschwitz le tampon " Meerschaum " (Ecume de mer) qui était le nom de code des transports de déportés destinés au travail. Cela viendrait confirmer la dernière hypothèse. (2)

Le Retour

En avril 1945, les blindés américains atteignent le camp de Buchenwald et les déportés sont évacués. Marcel Lavastrou reprend son métier de boulanger à Larnagol au grand soulagement des habitants. Les coupons de rationnement auront cours jusqu'au début des années 1950 et, dans cette époque d'après-guerre, il est toujours difficile pour certains de se procurer le minimum vital. Jacques Petit nous raconte comment Marcel Lavastrou mettra toute son énergie et son cœur pour essayer de satisfaire le plus grand nombre.

Le 23 avril 1950, Marcel Lavastrou est nommé secrétaire de mairie. Il remplit cette fonction jusqu'en 1957.

Marcel LAVASTROU est décédé le 12 mai 1979 à Cahors.

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(1) François SAUTERON, Le dénouement: Jean Masbou, un Résistant en Quercy occupé, Editions L'Harmattan

(2) Fondation pour la mémoire de la déportation, texte de Paul Le Goupil

(3) 27 AVRIL 1944, Notre Mémoire, Bulletin de l'amicale des tatoués du convoi du 27 avril 1944 - Numéro 3 Février 1996