Les cloches de l’église Saint Pierre

Bien qu'aujourd'hui on l'ait quelque peu oublié, la cloche était depuis le Moyen âge un important instrument de communication, et ce jusqu'au milieu du XXe siècle. L'avantage de la cloche est qu'elle délivre un son qui peut être entendu de loin, avec des codes qui peuvent être compris de tous. Que ce soit pour connaître l'heure, avoir des informations (offices, mariages,...) ou donner l'alerte (incendie, défense,...) la cloche était un repère immuable.

L'indication de l'heure est l'une des plus anciennes fonctions des cloches, reliées dans ce cas à une horloge.

L'angélus, autant civil que religieux, a été institué au XIe siècle par le pape Urbain II. Il était sonné le matin et le soir pour que les fidèles prient pour le succès des croisades. Plus tard, l'angélus sera également sonné à midi et il est alors recommandé de s'agenouiller pour réciter un Ave Maria. Cette sonnerie, ancrée dans le quotidien depuis des siècles, marquera jusqu'en 1950 les moments importants de la journée du monde rural : début du travail (7h), pause (midi), fin du travail (19h). En ce sens, elle fait office d'horloge, et aujourd'hui encore, on peut entendre l'angélus sonner dans de nombreux villages.

L'autre fonction importante et régulière des cloches est l'appel des fidèles aux offices religieux. La cloche marque les temps forts de la vie chrétienne : baptême, mariage, enterrement. Elle sonne également pour les messes, vêpres, processions...

Pratiquement disparu, le tocsin était destiné à donner l'alarme en cas de danger. En cas d'orage, il invitait à mettre le bétail à l'abri et à rentrer les récoltes. Lors des incendies, il était le signal de ralliement des volontaires (avec leur  seau) pour aider à éteindre le feu. (1)

L'église Saint Pierre de Larnagol abrite trois cloches. Les archives nous ont laissé peu de trace de leur histoire. Il faudra monter dans le clocher de l'église pour en savoir un peu plus, car souvent les cloches sont porteuses d'informations précieuses.

La plus ancienne des cloches larnagolaises est datée de 1565. La dédicace (texte moulé dans la partie haute de la cloche) est moulée en écriture gothique de type textura ; c'est un type d'écriture qui a été utilisée à partir du XIVe siècle. On peut y lire :

IHS MA SANCTE PETRE ORA PRO NOBIS MGC, inscription dont on peut traduire le début par « Jésus Marie Saint Pierre priez pour nous ».
Concernant les trois dernières lettres, on pourrait penser qu'elles signifient « Maître Gourdon Curé ». En effet, Jean de Gourdon est recteur de Larnagol depuis au moins 1563. La pratique de faire figurer le nom du curé était courante. D'ailleurs, on retrouve pratiquement la même inscription sur une des cloches de l'église Saint-Pierre à Plestan (Bretagne) ; seuls la date (1610) et le nom du curé diffèrent. (2)

Sous cette inscription, on trouve deux figures religieuses ; d'un côté une vierge à l'enfant et de l'autre une scène de crucifixion.

La deuxième cloche, plus petite, est datée de 1700. Bien que plus récente, elle est beaucoup moins décorée. On n'y trouve qu'une simple dédicace :

SIT NOMEN DOMINI BENEDICTUM qui signifie « Que le nom du Seigneur soit béni ».

Au milieu de la cloche est figurée une croix.

La troisième cloche est datée de 1811. Toutefois, il peut s'agir dune cloche plus ancienne qui aurait été refondu comme cela se pratiquait souvent à cette époque. Mais ce n'est qu'une hypothèse.

Elle porte comme simple dédicace la mention :

SOLI DEO HONOR ET GLORIA que l'on peut traduire par « A Dieu seul, honneur et gloire ».

Cette citation est extraite de la  lettre de Paul à Thimothée (I 17).

En bas de la cloche on trouve la mention « Nicolas Martin Fondeur ». Le nom du fondeur commence à apparaître sur les cloches au XIXe siècle. Nicolas Martin est issu d'une grande famille de fondeur de cloche originaire de Breuvannes-en-Bassigny (Haute-Marne). Cette importante famille a fourni nombre de fondeurs de cloches. Nicolas Martin a épousé Catherine Guiches le 15 juin 1813 à Lalbenque où il s'était installé.


Acte de mariage de Nicolas Martin - AD du Lot, Lalbenque E 4 1593 page12/20

Comme souvent jusqu'au début du XIXe siècle, les fondeurs étaient itinérants et essaimaient dans toute la France. A l'époque où cette cloche a été fondue, il y avait encore près de 200 fondeurs de cloche en France ; Aujourd'hui, il reste trois grandes fonderies (Bollée, Paccard et Cornille-Havard).

DU MOINE  AU SAINCTIER

A l'origine ce sont les moines qui coulent les cloches. Ces moines, appelés moines sainctiers (ou saincthiers) avaient le monopole de la fonte des cloches jusqu'au XIIe siècle.

Ils laisseront leur dénomination de sainctiers aux artisans itinérants qui, dès le Moyen Age, se déplacent de village en village pour fondre des cloches destinées le plus souvent alors aux églises, abbayes, monastères et cathédrales. Ces sainctiers itinérants formaient des grandes familles, originaires le plus souvent de l'Est de la France, qui se transmettaient et amélioraient leur technique de génération en génération. Généralement ils travaillaient seuls, mais ils pouvaient s'associer pour la fonte des grosses cloches. Les cloches étaient coulées sur le lieu même de leur usage, au pied des édifices ou dans le cimetière attenant, afin d'éviter une manutention compliquée pour l'époque. La construction du four et la préparation du moule pouvaient durer plus d'un mois. Souvent, l'ancienne cloche, usée ou cassée, servait pour la fonte de la nouvelle, ce qui permettait d'économiser le bronze. (1)

L'électrification des cloches

Jusqu'en 1967, les cloches étaient sonnées à la main. Il y avait à Larnagol des sonneuses de cloches. En 1954 elles étaient rémunérées par la commune ; 2400 f. par an pour Larnagol et 1600 f. par an pour Seuzac (50 et 35 euros d'aujourd'hui).


Extrait de la délibération du Conseil Municipal du 11 juillet 1954

En 1967, le Conseil Municipal décide de l'électrification de la sonnerie des cloches. Il fait établir plusieurs devis, tant pour l'église Saint-Pierre que pour l'église Saint-Julien. C'est finalement l'entreprise BODET qui sera choisie pour ce projet.

Pour voir les devis (Larnagol et Seuzac) en 1967 en mode livre, cliquez ici :

Vous pouvez également retrouver les photos des cloches de l'église Saint Pierre dans le dossier PHOTOS DE LIEUX (photos Antonin Morel).

(1) Le fondeur de cloche in "Votre Généalogie" n°3 - Jean-Louis MOREL - 2004

(2) http://fr.topic-topos.com/cloche-plestan