Le mystérieux aqueduc de Larnagol

Nous allons évoquer ici un mystère. Mais aussi reconstituer un bout d'histoire à partir de deux mots (Tzanck et Larnagol). Le point de départ de cette histoire (vraie) est la photographie d'un tableau.

Cette photographie a été publiée dans le numéro 2276 des Annales Politiques et littéraires du 6 février 1927 (1). Le tableau représente une rivière, surplombée d'un pont, auprès de laquelle on voit un aqueduc. La légende indique « l'Aqueduc à Larnagol par André-Alexandre TZANCK ».

De mémoire de Larnagolais, il n'y a jamais eu d'aqueduc à Larnagol (sauf celui dans le bourg, improprement appelé « Aqueduc de la Rédole ») et tout le monde sait que le pont entre la commune et Calvignac a été construit en 1970. Quels sont donc ce pont et cet aqueduc ?


André Tzanck, fils de Daniel Tzanck, est né en mai 1899. Musicien et peintre, il a exposé ses tableaux à partir de 1923. Il fait sa première exposition personnelle à la galerie Barbazangues, 109 rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris, en 1927, année où le mystérieux tableau est publié. Il a bien connu André Salmon, Marie Laurencin, et d'autres personnages de cette génération. Il a rencontré Apollinaire qui avait des rapports étroits avec son père, Daniel.

Dans une lettre du 18 février 1983 (2) André Tzanck explique:
Ma famille est venue en France en 1886 ou 87. Je pense que mes grands-parents se sont décidés à quitter le Caucase où ils avaient vécu jusque-là très heureux et tranquilles, à cause d'une vague de pogroms qui déferlaient à cette époque-là. Ils sont arrivés à Paris avec leurs cinq enfants, dont mon père [Daniel Tzanck, qui deviendra un célèbre stomatologue] était l'aîné.

Pendant la deuxième guerre mondiale, il se réfugie à Saint-Paul-Trois-Châteaux dans la Drôme. Il est décédé en 1990.

Cette brève biographie nous indique que la vie d'André Tzanck s'est étirée entre la Russie, Paris et la Drôme. Aucune trace de Larnagol dans ce que l'on peut trouver de la vie de l'artiste.

Pour approfondir, il nous reste « 1927 », la date à laquelle a été publiée la photographie du mystérieux tableau. En épluchant les matrices cadastrales de Larnagol, la chance nous fait tomber sur ce nom « Tzanck », suffisamment typique pour qu'on ne le confonde pas avec un autre.

C'est dans la matrice de 1927 à 1931 qu'on en trouve la première mention. On y apprend qu'il est peintre (sous-entendu « artiste peintre ») et domicilié à Paris

Les matrices suivantes nous donnent ses domiciles successifs à Paris, Soisy-en-Montmorency puis Saint-Paul-Trois-Châteaux dans la Drôme.

Ces cinq matrices nous donnent une information importante : le numéro 177 permet de se référer à la matrice des propriétés bâties et de retrouver le cheminement de la propriété. Pour compléter ces informations, il convient de se reporter à cette matrice que l'on peut consulter en suivant ce lien.

La page 109/122 nous apprend beaucoup de chose sur la propriété d'André Tzanck :
1) On y retrouve confirmation de ses adresses successives.
2) On apprend qu'il a été propriétaire de 1926 à 1952 d'une parcelle avec une maison dont la référence au plan cadastral (napoléonien) est C 1042 (repère A ci-dessous). Cette parcelle se situe entre les actuelles maisons de Véronique Lindrec (repère B) et Pierre Lacaze (repère C). Aujourd'hui, il ne reste plus que les fondations encore bien visibles de cette bâtisse.
3) Cette propriété « vient » du numéro 85 : en s'y reportant on apprend qu'il l'a acheté à Eloi Fourès gendre Balat domicilié à Larnagol, puis à Cénevières.
4) Cette propriété « est porté » au numéro 60 : il l'a vendu à René Dajean époux Sirvain, domicilié à Larnagol.


Extrait du plan napoléonien


Les restes de la maison d'André Tzanck

Bien que résidant la plupart du temps à Paris, puis dans la Drôme, André Tzanck a bien été propriétaire d'une maison à Larnagol entre 1926 et 1952. La coïncidence des dates laisse penser qu'il a côtoyé Raymond Subes, peut-être même que celui-ci l'a incité à acheter une maison à Larnagol.

Tout ceci nous a bien fait avancer sur le parcours d'André Tzanck, notamment à Larnagol. Cependant la question initiale est toujours sans réponse : Que sont ce pont et cet aqueduc représentés sur la peinture d'André Tzanck en 1927 ?

Le mystère reste entier.

(1) Gallica / BNF : Les Annales politiques et littéraires : revue populaire paraissant le dimanche / dir. Adolphe Brisson, date d'édition : 1883-1939
(2) Correspondance de Guillaume Apollinaire, publiée par Michel Décaudin et Gilbert Boudar, I, Guillaume Apollinaire - André Level, Lettres établies, présentées et annotées par Brigitte Level, Paris, Lettres modernes, 1976.