Le bac

Autrefois, pour traverser la rivière, il y avait un bac et de nombreuses personnes devaient avoir une barque privée. Le bac est très ancien, on le retrouve évoqué dans l'hommage au roi de Pierre de Laporte en 1667.

A cette époque c'est donc le seigneur qui détient le droit de passage et pour le faire fonctionner il baille le bac à une personne de son choix.
Par exemple, en 1762, Etienne Alexandre de Laporte, seigneur de Larnagol signe avec Guillaume Chalou un bail dans lequel il afferme à Guillaume Chalou aubergiste habitant dudit Larnagol ici présent et acceptant savoir est le port et passage que ledit seigneur a audit Larnagol et ce pour le temps et terme de neuf années qui prendront leur commencement le jour de la St Jean prochain à midi pour finir à pareil jour et heure lesdites neuf années expirées, et ce pour et moyennant le prix et somme de cent deux livres et deux paires poulets pour une chacune desdits neufs années, laquelle somme ledit Chalou sera tenu de payer savoir la moitié à la fête de la Noël et l'autre moitié à la fête de St Jean Baptiste avec les susdits poulets de chaque année commençant par la prochaine. (1)

Le bailleur du droit de passage peut, à son tour, sous-louer ce droit à une autre personne ; c'est le cas de Guillaume Chalou qui signe, le 19 mai 1766, devant le notaire Bessac (2), avec Raymond Hebral natif du massage de Drulhes paroisse de Seuzac, pour les cinq années qui restent à son bail.

Le service du bac est assuré avec un grand bateau capable de faire traverser la rivière à un attelage et un petit bateau quand il s'agit d'amener quelques voyageurs et leurs bagages.


Grand bateau (d'après guide Gallimard)

Le grand bateau est en général relié à une corde qui, par l'intermédiaire d'une poulie, progresse sur un câble (ou une autre corde) traversant la rivière et dont le but est d'empêcher que le bac soit entraîné en aval. L'avancement est surtout assuré au moyen de perches, « bregades », qui poussent vers l'avant en s'appuyant sur le fond. Il y a aussi un gouvernail.

Le service fonctionne de cette manière jusqu'à la révolution.
Par la suite le droit de passage, excepté sur une période avant 1823, a été du ressort de l'administration centrale. Quelques traces en sont restées aux archives (A.D. 46 : 86 S 11 et 89 S 16).
Dans un grand tableau, au début du XIXe siècle, on trouve pour Larnagol : 1 bac et 1 petit bateau, produit annuel présumé : 72 francs.

Le 5 germinal an XII de la République (27 mars 1804), pour les droits de passage qui sont définis dans un long règlement, on peut lire : Passage de Larnagol, pour une personne non chargée ou chargée d'un poids au-dessous de 5 myriagrammes (3) : 5 centimes ; pour denrées ou marchandises non chargées sur une voiture sur un cheval ou mule mais embarquées à bras d'homme et d'un poids de 5 myriagrammes : 5 centimes ; pour chaque myriagramme excédant : 2 centimes ; pour un cheval ou mulet et son cavalier : 10 centimes.

Ensuite, mais aucun document ne permet d'indiquer une date, la gestion des passages d'eau a été laissée à la charge des communes ou des particuliers. Ceci est précisé dans une lettre du 13 juillet 1823 qui parle de la reprise de possession des bacs et bateaux précédemment abandonnés.
Pour effectuer cette reprise des enquêtes sont faites et des documents sont établis pour éclairer l'administration. On en retrouve quelques traces ; par exemple : dans une affiche pour adjudication du 1er mai 1824 - 31 décembre 1834, il est mentionné trois fois Larnagol avec pour nom de passage Néoul (s'agit-il de Neules ?).
Et dans un état général des passages d'eau dont le gouvernement a pris ou doit prendre possession (exécution de la circulaire du 6 avril 1823) des précisions sont apportées :

Nom des passages Commune Nombre et désignation Détenteurs
La Bruyère Calvignac gabarrot estimé 50 Laubard
La Bruyère Calvignac gabarrot estimé 50 Granaud
Néoul Larnagol barque estimée 120 Vinel
Néoul Larnagol gabarrot estimé 50 Estive
Néoul Larnagol gabarrot estimé 50 Belvezet
Au passage Larnagol gabarrot estimé 50 Vinel

Ce tableau semble indiquer que le bac de Larnagol existe toujours, nommé « Au passage », mais qu'il n'est plus seul et que d'autres particuliers s'occupent aussi d'assurer la traversée du Lot.


Le bac de Pinsac vers 1900 (l'homme au chapeau noir est le Marquis de Cardaillac)

A partir de 1824 le service du bac est donc repris par l'administration qui va le bailler pour une période de 10 ans et établir des réglementations et des tarifs. Pour bailler ces droits de passage une adjudication est organisée, annoncée par des affiches stipulant les conditions et la date.
Cette organisation, à quelques variantes près, se maintient jusqu'à la fin de l'exploitation des bacs.
Voici les documents retrouvés pour la commune de Larnagol. Ils proviennent des archives départementales et des délibérations du Conseil Municipal de la commune (noté C.M.). Ils sont incomplets mais nous permettront d'avoir une idée de tous les problèmes posés par ce service et de connaître le nom des différents gestionnaires.

Dans un état de tous les passages d'eau du département du Lot affermés au compte du gouvernement, daté de septembre 1829, on trouve pour Larnagol : date du procès-verbal : 19 avril 1824 ; date d'approbation par le ministre : 19 août 1824 ; date d'entrée en jouissance des baux : 1er mai 1824 ; prix annuel : 35 francs ; nom du fermier : Conduché Jacques.

Dans une situation des bacs dont les baux expirent au 31 décembre 1834
A Larnagol : Conduché G, ancien bail : 35 francs ; nouveau bail : 40 francs ; le matériel est bon ; ce passage est réellement peu important mais le prix de l'afferme en est si minimum que l'on présume que l'adjudication à intervenir sera plus avantageuse pour le Trésor.
Dans un état des passages adjugés en décembre 1859 pour les années de 1860 à 1865 : Larnagol : adjudicataire : Laguarrigue Antoine ; montant de la redevance : 40 francs. On en retrouve le procès-verbal d'adjudication du 5 décembre 1859 :
... procéder à l'adjudication au plus offrant. ....Sur le premier feu allumé, le sieur Lagarrigue Antoine a porté l'enchère à quarante francs....n'ayant pas été couverte, ledit sieur Lagarrigue a été déclaré adjudicataire des droits à percevoir au passage d'eau de Larnagol pendant les années 1860, ... 1865 , moyennant une redevance annuelle de 40 francs.
Pour les années de 1866 à 1871 : Larnagol : adjudicataire : Derruau Germain (Vinel, maire, caution ) ; montant de la redevance : 180 francs.

Pour les années de 1878 à 1883 : Larnagol : adjudicataire : Contival Baptiste (de Capdenac ) ; montant de la redevance : 70 francs.
Voie de communication desservie : chemin vicinal d'intérêt commun N° 25 de Limogne à Gramat.
L'équipement des passages d'eau est précisé par l'administration qui donne aussi des charges maximales.
Dans un cahier des charges du 1er janvier 1847 au 31 décembre 1852, on trouve, page 13 : passages de Clairou, Laroque Toirac, Montbrun, Cadrieu, Larnagol, St Géry, Douelle, Langle, Albas, Grezels et Meymes desservis chacun par un bac de 13 mètres de longueur sur 2 mètres de largeur, un batelet de 8 mètres de longueur sur 1,50 mètres de largueur, garnis des agrès nécessaires, un câble et deux mariniers.
Dans un cahier des charges de 1850 et pour Larnagol : pour la barque 25 individus y compris le passeur ou 2 chevaux, une barque camuse, un batelet ( 6 m de long, 1,50 m de large).
Dans un cahier des charges et tarif des droits de passage pour les années 1866 à 1871 au passage d'eau de Larnagol situé sur la rivière du Lot on lit entre autre :

Conditions préalables :
Art 2 : ce cautionnement présentera une valeur égale au tiers du prix annuel du bail.

Franchises et modération :
... le fermier ne pourra exiger aucun droit de passage des fonctionnaires, employés ou agents ci-après désignés ; savoir .... Préfets .... Les directeurs et employés de la culture et des magasins des tabacs .... Sur la déclaration du maire de la commune, les enfants se rendant à l'école ou à l'instruction religieuse et en revenant.
Obligations du fermier :...
Art 14 : l'adjudicataire sera tenu de fournir et d'entretenir en bon état et remplacer au besoin le matériel ainsi que les agrès et ustensiles nécessaires à l'exploitation ; il demeurera chargé des travaux de réparation et d'entretien des cales d'abordage pour tout ce qui sera étranger aux routes ou chemins vicinaux servant d'accès au passage
Art 16 : La charge que les bacs, bateaux et batelets pourront contenir est limitée, à savoir-- pour le bac à trente cinq individus y compris le marinier, ou à quatre chevaux, mulets, bœufs vaches -- pour chaque batelet à six individus y compris le passeur ....(dans le même document pour 1854 – 1858 : les bacs et bateaux ne pourront être chargé au delà du poids qui le ferait enfoncer jusqu'aux lignes de flottaison tracées en rouge sur leur flancs, ces lignes seront fixées aux frais du fermier par l'ingénieur ou son délégué, en présence du Maire. Le préfet par un arrêté qui devra être toujours affiché déterminera le maximum de la charge ou le nombre de personnes que chaque bac ou bateau pourra recevoir.)
Art 17 : les limites du port du bac sont fixées à 500 mètres en amont et 500 mètres en aval du passage ..
Perception : ....tarif arrêté par le gouvernement le 22 juin 1852.
Police : ... Art 28 : le passage sera desservi par une barque Carnuse ayant de longueur onze à treize mètres et de largeur deux mètres cinquante à trois mètres cinquante garni de un gouvernail, deux avirons, deux gaffes ferrées, deux écopes et deux chariots d'abordage ; et par un batelet garni de deux avirons, d'une gaffe ferrée et d'une écope.
Art 33 : ... Les eaux seront réputées grandes lorsqu'elles atteindront deux mètres au moins en contre-haut de la retenue du bief ou étiage.
Art 37 : le fermier sera tenu de transporter, sans indemnité, tout son matériel au point où seraient établies, avant l'expiration du bail, des cales nouvelles dans l'étendue de rivière déterminée par les limites fixées par les articles 11 et 17.

Les indications rencontrées ne sont pas toujours cohérentes entre elles mais elles donnent une idée de l'organisation du service du bac. Pour Larnagol, en particulier, le service semble rester immuable ; il y a toujours un grand bateau pour les grosses charges, qu'il soit appelé bac ou barque camuse et un bateau plus petit pour les charges plus légères appelé batelet ou barque ou gabarrot.

Revenons aux gestionnaires retrouvés qui ne faisaient certainement pas fonctionner le service seuls ; ils utilisaient des mariniers à leur solde.
En 1872 l'adjudication commence à poser problème ; on trouve une lettre de la Sous-préfecture de Figeac du 30 janvier 1872 à Monsieur le Maire :
Le sieur Alair Jean, marin à Larnagol, a offert de gérer moyennant une redevance annuelle de 70 F le bac de ce nom qui n'a pu être adjugé le 19 décembre dernier.
D'après l'avis de M l'Ingénieur en chef de la Navigation du Lot et de M le Directeur des contributions indirectes, M le Préfet est disposé à accepter cette offre. En conséquence, je vous prie de faire signer par le dit sieur Alair , l'acte d'abonnement ci-inclus et de me le renvoyer ensuite sans retard. Vous voudrez bien, en outre, inviter l'abonnataire à me faire parvenir dans un délai de huit jours la justification de son cautionnement. Ce cautionnement qui s'élève à la somme de 140 F pourra être fait soit en argent au moyen d'un récépissé constatant le versement de cette somme, soit en immeubles au moyen de la production de l'extrait du rôle des contributions directes payées par le soumissionnaire et d'un certificat du conservateur des hypothèques de l'arrondissement relatant les inscriptions dont peuvent être grevées les propriétés affectées à la garantie. Enfin le sieur Alair devra acquitter les frais de l'abonnement dont la quittance est ci-jointe. Le montant de ces frais sera envoyé par ses soins et au moyen d'un bon de poste à M Renieux chef de bureau à la préfecture.
Et une deuxième lettre de la Sous-préfecture de Figeac du 21 février 1872 :
Je vous prie de vouloir bien presser l'envoi des pièces établissant le cautionnement du Sieur Alair abonnataire du bac de Larnagol, ainsi que la justification du paiement des frais dus à M Benoux chef de bureau à la préfecture.
Le délai de huit jours fixé pour la réalisation de ce cautionnement est expiré et je n'ai encore rien reçu. Veuillez mettre le Sieur Alair en demeure de produire immédiatement le récépissé constatant le versement de la somme de 140 F à la recette particulière de Figeac, ou l'extrait du rôle des contributions directes payées par lui, accompagné d'un certificat du conservateur des hypothèques dont peuvent être grevées les propriétés affectées à la garantie.

En fin de compte le sieur Alair (ou Alert d'après l'état civil de Larnagol) a dû obtenir la concession du bac et il est possible qu'il l'ait conservée jusqu'en 1895 au moins puisque c'est lui qui est présent dans le procès-verbal de remise au Département cité plus loin.
Adjudication pour les 9 années 1893 – 1901 et pour Larnagol : prix du bail : 60 francs ; mise à prix pour nouvelle adjudication : 30 francs ; l'adjudication devra être passée à Figeac.

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A partir de cette période les choses vont commencer à se compliquer un peu car les adjudications ont du mal à trouver un client et de plus l'administration du bac de Larnagol va passer de nationale à départementale.
De plus des travaux d'amélioration de la cale d'abordage vont être demandés par la commune.
Pour y voir plus clair nous allons quitter la chronologie relative suivie jusque-là pour étudier successivement, le changement de gestion, les derniers gestionnaires et les problèmes de travaux.

1°) Le changement de gestion.
Pour le bac de Larnagol, la gestion va devenir départementale et il existe un procès-verbal de remise au Département, entre les mains du Service Vicinal, du bac de Larnagol desservant le chemin vicinal de grande communication N° 43 de Limogne à St Chels : L'an 1895 le 10 juin à 6 h du matin en présence de M Alert, fermier actuel ...Le dit matériel appartient au fermier et le prix annuel du bail suivant adjudication faite le 20/12/1892 au profil de M Alert est de 30 francs.
Ce changement est évoqué dans le rapport de l'ingénieur en chef à Cahors le 23 septembre 1922 :
... situation actuelle des bacs : ces bacs sont de deux sortes : La loi du 10 août 1871 confère au Conseil Général le droit de statuer sur l'établissement et l'entretien des passages d'eau desservant « les routes et les chemins à la charge du département » ainsi que sur la fixation des droits de péage.
Il suit de là que les bacs desservant les chemins de grande communication appartiennent au département tandis que les bacs sur les chemins vicinaux ordinaires continuent à appartenir à l'Etat. L'application de la loi a donc conduit à diviser comme il suit les bacs situés dans le département du Lot.
1°) Bacs de l'Etat :
a) Rivière du Lot : bacs de Clayron, de Vic, de Frontenac, de Montbrun, de Bouzies, de Béars, de Larroque des Arts, de Meymes, de Pescadoires.
b) Rivière Dordogne : bacs de Lasserre, de Mezels, de Bastit, de Cieurac, de Mareuil, de Copeyre.
Tous ces bacs avaient été adjugés pour 9 ans prenant fin le 31/12/1919. En raison de la hausse du coût de la vie et des salaires il a été demandé à l'administration supérieure un relèvement des tarifs ..... Ce relèvement a été approuvé par un récent décret du 25 juillet 1922 pour une période de 5 ans. Nous faisons en ce moment préparer les dossiers relatifs à la réadjudication des bacs qui pourra être faite prochainement de manière à assurer l'exploitation à partir du 1er janvier 1923.
2°) Bacs du Département :
a) Rivière du Lot : Bacs de Larnagol, de Crégols, de St Géry, de Savanac, de Langle d'Albas, de Grézels
b) Rivière Dordogne : bac de Creysse
Le Conseil Général avait approuvé le 6 septembre 1921 le projet de relèvement des tarifs des bacs qui lui était soumis. L'adjudication a eu lieu le 17 janvier 1922 ; un seul de ces bacs, celui de Craysse, a trouvé preneur, pour les autres l'adjudication est demeurée infructueuse.
Nous nous sommes donc préoccupé de rechercher des abonnataires. Les résultats :
Bac de Savanac : M Malmon
Bac d'Albas : la commune d'Albas assure l'exploitation avec ses propres ressources et a acquis tout dernièrement une grande barque en remplacement de l'ancienne devenue inutilisable.
Nous continuons les recherches pour les autres ; si elles n'aboutissent pas nous présenterons au Conseil Général dans sa prochaine session des propositions en vue de l'exploitation des bacs qui n'auraient pas trouvé preneur.

2°) Les derniers gestionnaires.
Dans un état des bacs et passages d'eau appartenant au Département, du 11 novembre 1907, il y a : Larnagol : adjudicataire Milhau Joseph ; bail : commencement 1er janvier 1902 ; fin 31 décembre 1910 ; montant de la redevance : 25 francs (annuelle) ; précédent fermage : 30 francs ; observation : M Milhau Joseph a été substitué à M Mouly Jean Pierre par arrêté préfectoral du 24 mars 1904.
Le 15 février 1914 : Dédommagement du passeur (C.M.)
M. le maire expose que par suite du décès de Milhau, fermier du bac, il a chargé provisoirement M. Issaly d'assurer le passage. Il convient de dédommager ce dernier et M. le maire propose de lui allouer une somme de 20 francs à prendre sur les dépenses imprévues au budget de 1914.
Le 21 décembre 1913 : Refus de reprendre le service du bac (C.M.)
Bac : Le maire donne lecture au conseil de diverses pièces relatives au bac de Larnagol vacant depuis le décès du sieur Milhau ancien fermier, particulièrement de l'avis de l'agent voyer d'arrondissement invitant le conseil municipal de Larnagol à assumer le passage d'eau suivant les conditions du cahier des charges, la commune prenant la suite de l'entreprise Milhau.
Après cet exposé, le conseil déclare ne pouvoir accepter la proposition qui lui est faite et refuse en conséquence de se charger de l'entretien et du service du bac ; il est d'avis qu'il y a lieu de procéder à une nouvelle adjudication et que si personne ne se présente pour soumissionner, l'administration des Ponts et Chaussées devra assurer le service du bac qui ne saurait être interrompu, ce bac assurant la continuité du chemin de grande communication de Limogne à St Chels.

Le 10 mai 1914 : Enquête relative au projet de suppression du bac
M. le maire donne connaissance au conseil des pièces du dossier de l'enquête relative au projet de suppression du bac de Larnagol. Il en résulte que 90 déclarations contraires au projet ont été reçues par le commissaire enquêteur qui a conclu au maintien du bac.
Il invite le conseil à donner son avis motivé sur les résultats de cette enquête.
Le conseil considérant : 1°) que le bac de Larnagol assure la continuité de la route de grande communication de Limogne à St Chels, route fréquentée par les habitants de St Chels et de Larnagol pour se rendre aux foires et marchés de Limogne ; 2°) que c'est le seul moyen pour les habitants de St Chels et de Larnagol pour se rendre à la gare de Calvignac la plus rapprochée de leur domicile ; 3°) que les habitants des villages de Larnagol et de Calvignac en relation quotidienne n'ont pas d'autre voie de communication ; 4°) que pour toutes ces raisons il y aurait lieu de construire un pont et que les populations qui ne peuvent pas profiter de l'usage d'un pont coûteux à entretenir ne peuvent équitablement pas être privées de l'usage d'un bac dont l'entretien est bien moins coûteux ; 5°) que toutes les déclarations faites à la mairie sont contraires au projet de suppression ; 6°) que le rapport du commissaire enquêteur conclut au maintien du bac, à l'unanimité des membres présents exprime l'avis que le bac de Larnagol soit maintenu.

Le 27 février 1921 : le préfet adresse une affiche annonçant l'adjudication du passage d'eau de Larnagol.
Le CM doit, aux termes des instructions, être appelé à donner son avis au sujet de la modification à apporter aux tarifs.
Le 27 février 1921 : modification des tarifs du bac ; Rapport de l'agent voyer d'arrondissement avec un projet de modification du tarif des droits à percevoir au passage du bac de Larnagol dans le but de rétablir ce service interrompu depuis quelques années.
Le conseil décide qu'il y a lieu d'approuver le relèvement des tarifs tel qu'il est proposé mais persuadé que même avec ce relèvement il sera difficile de trouver un fermier pour le bac de Larnagol, il est d'avis qu'il y aurait lieu de mettre à la charge du département l'acquisition du matériel particulièrement du grand bateau affecté au passage des chevaux et voitures.
Le 17 janvier 1922 : Le dossier de l'adjudication du bac est retourné ; aucun concurrent ne s'étant présenté cette adjudication n'a pu avoir lieu.
Le 25 mars 1923 : Subvention pour le rétablissement du bac. Le maire expose qu'il a reçu une lettre de l'agent voyer de Limogne au sujet du rétablissement du bac et sollicitant dans ce but une subvention de la commune.
Le conseil considérant que le rétablissement du bac de Larnagol serait très utile non seulement aux populations de Larnagol et de Calvignac mais encore à tous les voyageurs se rendant à Larnagol par le train ; émet l'avis que le bac soit rétabli et s'engage à accorder une subvention dont le montant sera ultérieurement fixé.

Que s'est-il passé ensuite ? Aucun document n'a été trouvé à ce sujet et le C.M. n'en délibère plus à partir de cette date. Le service du bac, faute de repreneur, a dû disparaître petit à petit, du moins sous sa forme officielle. Des bateaux, bien sûr, étaient toujours là et au besoin les propriétaires de ces bateaux permettaient à ceux qui en avaient besoin de traverser la rivière. Vers 1950 c'est la famille Dajean qui jouait souvent ce rôle (elle tenait l'hôtel restaurant près du port) ou bien c'est le bateau de la famille Peyre qui était emprunté.

3°) Les travaux de la cale du bac.
Le 14 mai 1842, dans une délibération du C.M. au sujet de la fontaine publique, on trouve :
M. le maire a exposé au conseil municipal que par suite de la construction de la cale du bac et des décombres qu'ont entraînés les pluies de (l'hiver ?), la fontaine publique se trouve encombrée de plus de deux mètres , qu'il est du plus grand intérêt, qu'il est indispensable pour que la fontaine ne soit pas encombrée de nouveau de faire élever l'eau à 2 mètres et demi en dessus de son niveau ordinaire.

Il apparaît que la cale, à cette date, est récente. Où était-elle située avant ? Nous n'en savons rien ; effectivement sur le cadastre de 1830 elle n'est pas représentée à son emplacement actuel (qui devait être un terrain privé puisqu'il y a un numéro de parcelle à cet emplacement). Elle a certainement été construite lors de la création du chemin de communication N° 27 de Gramat à Limogne vers 1840.
Elle figure, bien sûr, sur le plan de construction de la route vers 1865 mais elle n'était pas encore pavée comme nous le verrons par la suite. Des modifications sont intervenues lors de l'arrivée du chemin de grande communication N° 33 sans en changer l'aspect général.

Une petite anecdote : Lettre de la Sous-préfecture de Figeac du 5 mars 1875 :
Monsieur le Maire, Le Sieur Gros Joseph, dit Jantet, perruquier de votre commune, a demandé la cession d'un lambeau de terrain formant l'extrémité de la cale du bac de Larnagol pour y établir une boutique dans laquelle il exercerait sa profession. D'après les renseignements fournis par M. M les Ingénieurs, cette parcelle de terrain est indispensable au service du bac ; c'est le seul emplacement où il sera possible de planter un poteau d'amarre aussitôt que l'établissement d'une cale d'abordage sur la rive gauche permettra de placer une draille pour le service de ce passage d'eau. Dans cette situation il y a lieu de rejeter la demande du Sieur Gros et je vous prie de l'en aviser.

[Voir à ce sujet : Joseph Gros, tailleur... et barbier]

Le 15 mai 1876 : Délibération prise par le conseil municipal, commune de Larnagol, sous la présidence de M Joachin de St Chamarand maire pour la tenue de la session ordinaire du 2eme trimestre.
La cale du bac, située sur la rive droite du Lot à Larnagol est dans un très mauvais état, que par suite de la crue des eaux la chaussée disparaît presque en entier toutes les fois, le chemin devient impraticable et il n'est pas possible d'aborder avec la plus petite monture. Cet état de chose nuisant extrêmement à la commune de Larnagol et à une bonne partie du canton de Limogne, monsieur le maire propose d'exposer à l'administration des ponts et chaussées qu'il conviendrait d'effectuer un pavage sur le dit chemin tel que le jugerait convenable l'administration.
Suite à cette délibération arrive un rapport de l'ingénieur ordinaire (Figeac le 3 août 1876) :
...A la date du 20 juin dernier ... lettre du maire au préfet ... par laquelle le conseil municipal de cette commune demande que des réparations soient faites à la cale de rive droite du bac de Larnagol dont la chaussée est détruite après chaque crue du Lot ce qui rend le service du passage très pénible et souvent inabordable aux chevaux.
Il résulte des renseignements pris, qu'en effet après chaque crue un peu importante, la chaussée de la cale de rive droite du bac de Larnagol est plus ou moins bouleversée. Or aux termes de l'article 12 du cahier des charges, les cales doivent être entretenues en bon état par les soins du fermier du bac. C'est donc au fermier qu'incombe l'obligation de réparer la cale de rive droite toutes les fois que le besoin s'en fait sentir.
Il est certain qu'une cale pavée serait de beaucoup préférable à une cale non pavée, attendu qu'avec une cale pavée, les inconvénients signalés après chaque crue n'existeraient plus. Mais nous ne pensons pas que l'état doive prendre à sa charge la dépense de 900 francs environ, à laquelle donnerait lieu la substitution d'une chaussée pavée à une chaussée ordinaire, dans la cale de rive droite.
Néanmoins, nous serions d'avis que l'état concourait dans certaines limites à cette dépense si la commune de Larnagol consentait à fournir la moitié au moins de la somme nécessaire à l'exécution du travail en question.
Nous proposons donc de répondre à M le Maire de Larnagol que pour vider la question, il conviendrait qu'il en saisit le conseil municipal de la commune et qu'il fit savoir à cette assemblée que si elle votait une somme de 450f,00, l'état consentirait à fournir pareille somme, pour recouvrir d'un pavage en moellons ordinaires, la chaussée actuelle de la cale de rive droite du bac de Larnagol.

Aucun autre document n'a été retrouvé au sujet de ce pavage qui a effectivement eu lieu un jour ; certainement au début du XXème siècle.

Le 16 juin 1892 le C.M. délibère sur le mur de soutènement au bac ; problème de réparations du mur de soutènement au bac de Larnagol , et banquette de la route.
Le 9 décembre 1900 : Demande de construction d'une nouvelle cale d'abordage
L'an 1900 et le 9 décembre, le conseil municipal de la commune de Larnagol s'est réuni ; Monsieur le Maire expose que l'abordage des deux cales est fréquemment rendu impossible par suite des apports de matériaux par la rivière, que des réparations et des dragages sont souvent nécessaires pour assurer le passage, que cette situation est occasionnée par un déplacement du courant par suite de ? et de l'avancement de la berge sur la rive gauche à 400 mètres en amont ; que cet inconvénient rend indispensable la construction d'une nouvelle cale en rivière, sur le côté de Larnagol en dehors de la cale actuelle, et se reliant directement à la route N° 33. Le conseil considérant que l'établissement d'une nouvelle cale est indispensable pour que le passage de l'eau ne soit jamais entravé, approuve l'exposé fait par M le maire et prie l'administration de vouloir bien prendre les mesures pour qu'une nouvelle cale soit établie le plus tôt possible sur la rive droite.
Cette demande est restée sans suite.

(1) A.D. 46 : 3 E 1154 / 15 (notaire Bessac)
(2) A.D. 46 : 3 E 1154 / 15
(3) Un myriagramme vaut 10.000 grammes, soit 10 kilogrammes

Article d'André Fizames, publié avec son aimable autorisation

Liste des métiers en rapport avec le bac d'après les recensements (XIXe et début du XXe siècle)

Alert Jean, marinier (1856), batelier (1876)
Castanet Jean Pierre, matelot (1886)
Decremps Antoine, batelier (1836), maître de bateau (1846), marinier (1861, 1866)
Derruau Germain, matelot (1886)
Dô Jean Baptiste, matelot (1886), marinier (1911)
Adolphe Issaly, matelot (1881)
Milhau Joseph, batelier (1906, 1911)
Mouly Jean Pierre, marinier (1851, 1856, 1861)
Larnaudie Jean Louis, marinier (1856, 1861), matelot (1881, 1886)