Caselles et gariottes

TERMINOLOGIE :
Gariotte : On appelle ainsi les guérites aménagées dans les murs ou les cayrous (tas de pierres). Ce sont de simples abris individuels où on ne peut tenir qu'assis et non prévus pour recevoir une porte.
Caselles : (parfois écrit cazelles) Toute construction à pierre sèche (c'est-à-dire sans mortier d'aucune sorte ni argile) de petite dimension et couverte également en pierre. De plan généralement rond mais il y en a des rectangulaires, à couverture généralement en coupole encorbellée.

Cabane : C'est le terme générique le plus approprié, utilisé par les quercynois eux-mêmes et par les textes anciens. Voici ce que dit Jean-Luc Obereiner :
Le terme générique qui englobe à priori les abris ou petites constructions à pierre sèche est celui de cabane. Il offre un triple avantage : d'abord il s'agit d'un vocable occitan bien attesté, avec par exemple les cabanons provençaux, les cabanes pyrénéennes, les chabanas du Périgord ; ensuite il est courant dans la langue française ; et enfin c'est celui que l'on trouve le plus fréquemment dans les textes anciens ou dans la bouche des paysans, tout au moins lorsque ces derniers n'ont pas adopté le langage des villes ! En Quercy il est utilisé dès le XVe siècle (cabana) et il semble s'appliquer plutôt aux causses méridionaux, au sud de la rivière Lot. Qu'en est-il maintenant des gariottes et des caselles ?
On remarquera d'abord que c'est le terme de « gariotte » qui a séduit l'ensemble du « grand public », c'est-à-dire les résidents secondaires et les touristes, tous influencés par les textes des guides, des brochures, des dépliants, des cartes postales. La plupart des Lotois ont suivi, dans tous les milieux qui ont perdu le vécu paysan. A. Cayla, dans ses ouvrages d'érudit local, utilise systématiquement ce terme, alors même qu'il montre des caselles et ne propose dans tous ses ouvrages qu'une seule et unique gariotte. Le terme « caselle » est bien moins usité. Certains le déforment curieusement en « gazelle », qui est parfaitement infondé. (1)

DATATION :
Les cabanes lotoises, comme les bories de Provence ou les cabanes périgourdines, sont toutes des constructions du XIXe siècle. Les cabanes antérieures à la Révolution sont extrêmement rares. Cette période a vu la démographie lotoise atteindre son maximum, ce qui a entraîné une forte activité de défrichement et donc d'épierrement. (1)

ORIGINE :
Les cabanes à pierre sèche sont constituées d'une voûte encorbellée, elle-même recouverte par des lauzes. Le principe de l'encorbellement consiste à poser les pierres à plat, par assises régulières, avec un surplomb vers l'intérieur à chaque assise : aucun coffrage ni cintre n'était nécessaire, et ce pour des surfaces de formes variées (plan carré, rond, etc...)
La technique de construction de la voûte encorbellée à sec est très ancienne. Toutefois l'archéologie préhistorique ne décèle pas de cabane à pierre sèche en Quercy mais plutôt des constructions en bois, matériaux végétaux et torchis. (1)

Caselle - Pech Pigné

USAGES :
Il s'agissait d'abris pour le matériel agricole (outils, provisions de la journée...) sur des parcelles éloignées. On s'y abritait de l'orage ou de la canicule. On y mettait à l'abri l'agneau nouveau-né, la brebis malade, un peu de fourrage, une provision de bois....Certaines cabanes ont été habitées au moment de forte expansion démographique (1810-1840) et parfois dotées de cheminées, voire de fenêtres. (1)

Pour comprendre, il faut revenir à la typologie générale des constructions à pierre sèche, et c'est une histoire qui commence avec.... l'agriculture.
Issue de l'épierrement des champs après les labours, la pierre n'est pas recherchée en tant que telle, comme matériau. Elle constitue plutôt un déblai important qu'il convient d'éliminer. Le mode présent que nous utilisons ici est celui, bien sûr, du XIX° siècle, cette période d'intense activité rurale, entre 1830 et 1880, qui voit se généraliser l'usage nouveau de charrues véritables ; contrairement aux antiques araires qui égratignaient le sol, qui le scarifiaient, ces charrues à soc et versoir vont plus profond, détachent les couches superficielles de calcaire altéré et en ramènent à la surface les blocs plus ou moins volumineux. Le déblai est abondant et lourd. Il est donc exclu de le transporter au loin. Il va rester aux bords des champs, sous deux formes : les décharges en vrac, en tas, en cayrous, et les murettes [...]
[...]D'autre part, la vie paysanne, si elle est faite de cultures et de labours, possède une forte composante d'élevage. Petit et gros cheptel sont présents sur toute ferme, de la vache à la brebis, en passant par la chèvre, l'oie, le dindon et quelques autres. Il faut les nourrir en les menant sur diverses pièces de terre de l'exploitation, selon un parcours varié et une rotation subtile, établis en fonction des étapes du travail agricole, des saisons, de la nature des animaux, de leur âge, etc. Ce parcours fin et ces séjours très dosés sur de multiples parcelles exigent un gardiennage permanent assuré par les enfants, les adolescents, ou les vieux. Or, qui dit garder dit s'exposer de longues heures au soleil parfois excessif, à la pluie éventuelle, au vent mauvais, toutes choses supportables si l'on travaille, mais peu compatibles avec l'inactivité.
A ce point il devient tout à fait éclairant de réaliser que le même mot de garde, utilisé à la campagne et à l'armée, entraîne l'usage d'un autre mot identique, lié au même besoin d'abri sommaire, celui de guérite. (gariotte). Les gariottes-guérites seront donc ces abris individuels étroits et dépourvus d'huisserie des bergers de toutes sortes. Et comme il faut rester sur ou en bordure de parcelles, là où sont murettes et cayrous, eh bien ce sera dans l'épaisseur de ces derniers qu'elles seront aménagées.
Qu'en est-il maintenant des caselles ? Ici aussi l'étymologie est transparente, même pour le non-spécialiste : la case dont caselle est un diminutif, est un terme connu de tous, dérivé directement du latin casa où il signifiait cabane, chaumière (F. Gaffiot). Une caselle est donc bien une construction à part entière : non plus un vide aménagé dans un volume de pierre comme la gariotte, mais un espace abrité créé grâce à des murs et à un couvrement. Construction véritable, et donc dotée d'une porte, là où la gariotte n'avait qu'une ouverture, une porte étant une ouverture dotée d'un vantail mobile et verrouillable qui autorise une fermeture.
Bien entendu, à partir du moment où l'on distingue deux types de construction à pierre sèche parfaitement différenciés on peut s'attendre à des constructions que l'on qualifiera soit d'atypiques, soit d'intermédiaires. Et de fait on trouve : des gariottes agrandies, où l'espace est plus important, mais encore englobées dans un cayrou ; des gariottes « tournantes », où, sitôt après l'entrée le volume se développe par un coude à 90° vers la gauche ou la droite ; des cabanes de petite dimensions sans porte, à simple ouverture, étroitement dépendantes d'une murette mais dont le volume propre émerge de cette dernière ; des caselles de très petites dimensions, certes indépendantes cette fois de tout cayrou ou murette mais non encore dotées de portes. (1)

Caselle - RouPech

 

CASELLES ET GARIOTTES A LARNAGOL :
Il y en a un peu partout dans les collines ; certaines sont en ruine mais il en reste de très bien conservées. Parfois elles profitent de la pente de la colline pour créer une entrée à un deuxième niveau. La caselle la plus accessible est située au-delà du cimetière de Neules, au milieu d'un champ. De plus son toit est muni de trous volontaires qui devaient servir à accueillir des pigeons.

    
Gariottes - Pech Pigné

D'après un document d'André Fizames

(1) Jean-Luc Obereiner, CARACTERISTIQUES DES HABITATS ÉLÉMENTAIRES : EN QUERCY CENTRAL in Quercy-Recherche n°77 - 1994