L'école géminée de Larnagol

C’est une histoire qui se passe au tout début du XXème siècle. On en retrouve la trace et les explications quelque 20 ans plus tard.

L’institutrice à l’origine de ces faits est Mme Bonhomme qui fût en poste de 1901 à 1911. Elle est alors enceinte de son troisième enfant, Madeleine, qui naîtra en 1906.

Mr et Mme Bonhomme

C’est un article de l’Express du Midi en date du 2 novembre 1924 qui nous fournit le détail de cette affaire. En voici la transcription :

Il y a une vingtaine d’années, Mme Bonhomme, institutrice à Larnagol (Lot), étant enceinte, le conseil municipal autorise, par une délibération, la coéducation : l’instituteur fit l’école aux grands garçons et grandes fillettes, l’institutrice la fît aux tout petits.
Cela ne devait être que provisoire, car la loi de 1886 est formelle. Elle autorise les écoles mixtes dans les communes de moins de 500 habitants ; mais où il y a instituteur et institutrice, la co-éducation n’est pas permise. Mais comme il n’y a que le provisoire qui dure, les choses en sont encore là.
Mgr l’Évêque de Cahors ayant dans son diocèse plusieurs paroisses dans le cas de Larnagol, traita la question dans son Bulletin et donna l’ordre aux curés de faire cesser cet état de choses, ajoutant que si la co-éducation ne cessait pas, il supprimerait le culte. Il le supprima, en effet, dans plusieurs paroisses, mais il a depuis autorisé sa reprise, l’Évêché ayant eu gain de cause.
À Larnagol, le curé invita l’instituteur à cesser la co-éducation ; l’instituteur, qui n’est pas animé de mauvaise volonté, cessa pendant quelques jours, mais il reçut l’ordre de l’inspecteur d’Académie de rétablir la co-éducation, ce qu’il fit aussitôt, pour obéir à ses chefs.
En présence de cet état de choses, le maire réunit le conseil municipal afin de prendre une nouvelle délibération retirant l’autorisation donnée autrefois. À l’unanimité, le conseil municipal décida la suppression de l’école géminée.
De plus, le curé réunit les pères de famille et leur dit : « Présentez vos garçons à l’instituteur, vos filles à l’institutrice, et si ces derniers refusent de les recevoir à part, faites-le constater par témoins ». Les parents firent cette démarche, mais l’instituteur et l’institutrice déclarèrent qu’ils ne pouvaient accepter les enfants séparément sans l’ordre de l’inspecteur d’Académie.
Les pères de famille signèrent donc une pétition qui fut expédiée à la préfecture, avec la délibération du conseil municipal.
Certains pères de famille décidèrent de ne plus envoyer les enfants à l’école ; sur 23 élèves, une dizaine continuèrent seuls d’y aller ; mais cependant la fréquentation recommença, sur les conseils du curé, qui ne voulut pas que ses paroissiens puissent être poursuivis en vertu de la loi sur l’obligation de la fréquentation scolaire.
L’Inspecteur d’Académie du Lot vient de l’Aveyron, d’où il a été chassé pour son sectarisme. Le préfet était secrétaire général de la Haute-Garonne ; la délibération du conseil municipal et la protestation des pères de famille resteront lettre morte.
Dans le Bulletin des Instituteurs, l’inspecteur a déclaré :
« La co-éducation continuera dans les écoles où elle a été instaurée jusqu’à ce que soit prise une mesure générale à ce sujet. »
Voilà un abus de pouvoir de la part de l’inspecteur qui viole la loi.
M. Vayssières, l’ancien inspecteur d’Académie, avait relevé les noms et le nombre des écoles dans lesquelles un poste devait être supprimé, vu la diminution de la population. Il y avait 150 communes dans ce cas. En arrivant à Cahors, l’inspecteur actuel s’empressa de supprimer cette liste, afin de conserver le plus de fonctionnaires possible.
Le Conseil d’État pourrait bien être saisi de cette affaire.

(*) Classe géminée : Classe groupant deux classes de faible effectif et recevant l'enseignement d'un même maître. École géminée : École où les élèves sont répartis par âge et niveau scolaire, sans distinction de sexe. Soit une école géminée à deux classes, soit, plus rarement, une école mixte à une classe (Encyclopédie éducation,1960, p. 99)

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