L'hôtel restaurant

Il y a eu jusqu'à 4 auberges à Larnagol, notamment pendant la période faste de la fin du XIXème siècle. Celle qui nous intéresse plus particulièrement ici est sûrement la plus connue. Petite auberge à ses débuts, elle est devenue le très renommé hôtel-restaurant dont la façade portait le nom de « Hôtel et café des voyageurs », mais que tout le monde appelait « chez Dajean ».


Bien qu'on en trouve des traces auparavant, l'histoire commence vraiment au milieu du XIXème siècle. Germain DERRUAU épouse Marguerite DECREMPS en 1856 à Larnagol.
Germain DERRUAU est veuf depuis peu. Originaire de Bouillac (Aveyron), il est alors conducteur de bateau. Son père est maitre de bateau, sa mère est aubergiste. Marguerite DECREMPS a 17 ans de moins que lui. C'est la fille d'Antoine qui est maitre de bateau et aubergiste et de Rose, aubergiste également. Le couple va d'abord retourner à Bouillac où ils auront un premier enfant ; on les retrouve ensuite à Cajarc lors de la naissance de leur fille. Entre maître de bateau et aubergiste, c'est naturellement à Larnagol qu'ils finissent par s'installer en 1866. C'est dans le village que naîtront les jumeaux Jean-Baptiste et Louise, qui se fera appeler Elise.


En 1866, il y a environ 800 habitants à Larnagol et 3 aubergistes : Pierre Garrigues, Pierre Lavastrou et Auguste Lafferrerie. Cela n'empêchera pas Germain et Marguerite d'ouvrir une quatrième auberge. Il faut dire qu'on est à l'aube d'une époque de prospérité pour le village avec la prochaine découverte des phosphates et l'accroissement de la population que l'on connait. À cette époque, c'est Marguerite qui tient l'auberge ; Germain, quant à lui, sera occupé par le bac dont il a été adjudicataire de 1866 à 1871.


Sans s'attarder sur la généalogie familiale, mentionnons simplement que Louise (Élise) a épousé Auguste DAJEAN. Leur fils, René s'est marié avec Gilberte SIRVAIN, originaire de Calvignac. Nous avons là les trois générations qui ont fait prospérer ce qui n'était au départ qu'une petite auberge, pour la faire devenir un hôtel restaurant renommé au-delà des limites du canton.
Initialement l'auberge n'était située que dans la partie droite du bâtiment (la plus proche de l'église, colorié en saumon sur le plan ci-dessous) (1). Cadastrée B1135, cette propriété appartenait à Justine DECREMPS. Elle passe à Jean CALMETTES en 1916, puis à Jean Auguste DAJEAN, gendre DERRUAU, en 1921. La propriété fait l'objet d'une révision du bâti en 1943 (cadastre).



Sur le recensement de 1881 (2), toute la famille Derruau est occupée par le restaurant. Cependant, la plupart des enfants partiront vers d'autres lieux et d'autres destins. Seule Elise restera à Larnagol pour reprendre le flambeau.



Si plusieurs générations ont participé à l'essor de ce commerce, c'est surtout à Elise DERRUAU, puis Gilberte SIRVAIN, aidée de sa fille et sa petite-fille pendant les vacances, que l'on doit le développement de l'hôtel restaurant de 1920 à 1970. On le voit, le restaurant de Larnagol est une affaire de femmes.



La clientèle est nombreuse et variée. En semaine l'auberge accueille les ouvriers des environs et les représentants de commerce de passage. Le dimanche les plus grands noms de la région viennent s'attabler chez DAJEAN : Gaston Monnerville, Bernard Pons, Claude Pompidou, Maurice Faure, Françoise Sagan, Charles Hairon (3) et bien d'autres. Tous avaient plaisir à déguster dans l'intimité la cuisine du restaurant.



Sur la carte postale ci-dessous, dont une reproduction figure au port en face du restaurant, on peut voir à gauche Elise Dajean, née Derruau et à droite son fils René Dajean.



Et sur cette photo, voilà la famille qui pose devant l'atelier du sabotier :


de gauche à droite : Gilberte SIRVAIN, René DAJEAN, Auguste DAJEAN, Louise DERRUAU, et au premier rang Antoinette DAJEAN

Pour terminer, laissons notre hôte nous raconter quelques petites histoires.



Le restaurant de Larnagol a fermé ses portes en 1970.

(1) A.D. 46 : Larnagol 1811 - 3 P 2629
(2) A.D. 46 Larnagol 1881 - EDT 155 1 F 2

(3) Charles Hairon, sculpteur et professeur d'art, (1880-1962) possédait une maison à Larnagol (actuelle maison GROSSETETE) depuis 1930. Il fit don à la commune d'un Christ en bois sculpté qui se trouve dans l'église St Pierre.