Roger Chastel

Roger CHASTEL est un peintre, né en 1897 à Paris. Il commence à peindre au début des années 1920.

Mobilisé en 1939, puis démobilisé en 1940, Chastel gagne la zone libre en passant par la Charente et le Béarn. Il vit ensuite en Provence où il côtoie Bonnard et Matisse. À partir du printemps 1943, il s'installe à Seuzac où il vivra jusqu'à la libération dans l'ancien presbytère.

On trouve sous la plume de Jean-Charles Gateau (1) une mention de la vie du peintre à cette époque :

La rencontre d'Eluard et de Roger Chastel, son cadet de deux ans, peintre modeste et subtil, remonte à 1943. Intrigué de partager avec cet inconnu la dédicace du livre de Jean Lescure « Exercice de la pureté », Eluard se le fit présenter à l'occasion de son exposition de 1943 chez Drouant-David, préfacée par Jean Lescure. Chastel « avec son impétuosité sentimentale habituelle, se jeta à la tête du poète » (2). Plus tard, sans doute en 1946, Eluard rendit visite à Chastel à Saint-Germain en Laye, et admira beaucoup dans son atelier une grande toile, « La coquette ». Chastel offrit au poète le volume « De la patte à l'aile », où il illustrait Colette, et fut enchanté quand Eluard lui proposa, courant 1947, de faire un « Bestiaire » qui paraîtra en 1948. [...] Néanmoins, sans qu'il y eût intimité véritable, il y avait entre les deux hommes d'indiscutables affinités.
Sur le plan pictural, le poème « A Roger Chastel » (3) s'inspire fondamentalement des dessins et toiles que Chastel consacra aux Roumegoux. Après l'exode, et sous l'occupation, le peintre cohabita un an et demi, dans le Lot, à Seuzac, avec une famille nombreuse de journaliers du midi. Ces ouvriers agricoles, incultes et misérables, vivaient à demi enterrés dans un sous-sol, quasiment une cave qu'éclairait le jour oblique et maigre d'un soupirail. Chastel crayonna d'abord, de la famille attablée, des croquis presque caricaturaux, puis esquissa des toiles aux lignes tourmentées (« le baroquisme est excitant, déclare-t-il, mais ce n'est pas une finalité »).

Roger Chastel et son épouse, bien intégrés, avaient noué des relations avec plusieurs familles de Seuzac. C'est à cette époque qu'il a peint « les Roumégoux », du nom d'une famille de paysans locale, ainsi que les premiers tableaux de la série « La veillée ».


Les Roumégoux


On retrouve quelques traces des Roumégoux de Seuzac dans les archives communales.

Ainsi Louis Roumegoux figure dans l'état des contributions en viande de 1945 ; il est contraint de fournir 308 Kg de viande pour la possession de 2 bœufs et de 2 vaches de travail. Il est également mentionné dans le registre des demandes de bon d'achat de vêtements.

Adolphe Roumégoux est né le 3 septembre 1909 ; en 1941 il est prisonnier au Stalag X A et il est mentionné comme « indispensable à l'exploitation ». En 1942, Adolphe Roumegoux a bénéficié de colis envoyés aux prisonniers de guerre. Un de ses colis contenait un savon, deux boites de sardines, deux boites de pain d'épice, du fromage, une demi-boîte de chocolat, du sucre et des cerneaux. La Croix Rouge Américaine fait parvenir à la famille des vêtements et de la farine.


Roger Chastel est décédé en 1981 à Saint-Germain-en-Laye.


(1) ELUARD, PICASSO et la peinture, Jean-Charles GATEAU, Librairie DROZ, Genève - 1983
(2) Jean Lescure, Entretien du 9 février 1970
(3) Cahiers du Sud, 1947, 2ème semestre, n° 285, p.749

Avec la participation de Serge Lestang