Etude archéologique (2)

LE CHATEAU SUPERIEUR

L'ÉTAT INITIAL

L'édifice initial, perché au plus haut de l'avancée rocheuse, se présente sous la forme des vestiges d'un donjon auquel fut associé un corps de logis (D, L1 - Fig. 1, 2).

Il ne subsiste de la tour maîtresse, transformée en tour-porte au XIVe siècle, que l'élévation ouest conservée sur un niveau, ainsi que la base du mur est. La maçonnerie est caractérisée par un appareil moyen de moellons de calcaire gris régulièrement assises, soudés au mortier de chaux grasse et de sable de rivière de granulométrie moyenne. D'une superficie au sol intérieure, réduite à 8 m2 (25 m2 de superficie totale), l'édifice est partiellement conservé sur la hauteur de son rez-de-chaussée qu'éclairait un jour haut formé d'une fente étroite rectangulaire encadrée de moellons aux arêtes vives. Les deux angles de la tour conservés sont enveloppés par des contreforts plats dont la spécificité se retrouve dans le donjon des Cardaillac à Saint-Cirq-Lapopie érigé sous Bertrand et Guillaume de Cardaillac, et dans les tours épiscopales de Luzech et de Puy-1'Evêque édifiées au cours du deuxième quart du XIIIe siècle (1). Ces similitudes architecturales tendent ainsi à attribuer la construction du donjon de Larnagol à Bertrand de Cardaillac qui rendait hommage pour ce fief à Simon de Montfort en 1215 et qui devait encore en avoir la jouissance dans les années 1240-1250.

Un corps de logis fut accolé au flanc nord de la tour peu de temps après (L1 - Fig. 1, 2). Il ne reste de celui-ci qu'un tronçon de l'élévation ouest construite en appareil moyen de moellons de calcaire gris mêlés à des blocs réguliers taillés dans un calcaire de couleur ocrée. Celui-ci est percé par une mince fente de jour obturée (meurtrière ?) à arêtes vives couverte d'un petit arc en plein cintre découpé dans un linteau droit.

LA PHASE DE RECONSTRUCTION DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIV SIÈCLE

La transformation du donjon en tour-porte appartient vraisemblablement à la refonte générale du castrum motivée par l'abandon du château "supérieur" au profit d'une résidence nouvelle implantée sur la plate-forme inférieure. Sans doute faut-il penser que cette restructuration fut issue de l'introduction de nouveaux feudataires, et tout particulièrement - on peut du moins en faire l'hypothèse - des vicomtes de Calvignac, seigneurs du lieu, dès les premières années du XIVe siècle.
Cette phase est attestée dans le donjon par la reconstruction de son mur sud prolongé d'un seul tenant vers l'est pour former une courtine ou le mur d'un nouveau bâtiment. Le soin apporté à l'appareil de calcaire gris permet de distinguer très nettement cette étape de construction qui intégra sur la partie donjon la création d'une porte en tiers-point surmontée d'un jour coiffé d'un arc brisé à large chanfrein (P- Fig. 2). La conversion de la tour dut impliquer des transformations profondes au sein même de l'hospitium attenant, mais ces dernières, en raison des phases de travaux ultérieures, ne sont pas décelables dans l'état actuel des vestiges conservés en élévation.

LA PHASE D'AMÉNAGEMENT ENTRE LA DEUXIÈME MOITIÉ DU XIV1 SIÈCLE ET LE XVE SIÈCLE

L'objectif de cette nouvelle étape fut de scinder en deux niveaux distincts le volume initial du rez-de-chaussée de la tour transformé auparavant en passage de circulation. Deux arcades montées en moellons calcaires grossièrement débités permirent ainsi d'assiser le plancher d'une salle supérieure voûtée en berceau (A - Fig. 2). La première arcade vint doubler le mur sud et occulter ainsi la fenêtre en tiers point sans condamner cependant l'arcade assurant l'accès. La seconde distribuait, depuis la basse-cour sise au sud, le logis primitif destiné depuis le début du XIVe siècle à des fonctions domestiques ou militaires. La chronologie relative placerait cette nouvelle phase soit à la suite des aménagements entamés au cours de la première moitié du XIVe, soit dans la période de la guerre de Cent Ans, dans les toutes premières décennies de laquelle Raymond de Caussade armait ses châteaux et celui de Larnagol.

LA PHASE D'AMÉNAGEMENT AU COURS DU DERNIER QUART DU XVE SIÈCLE ET DU XVIE SIÈCLE

L'ancienne résidence préalablement transformée fut l'objet d'une nouvelle campagne de travaux opérée sous l'autorité des Caussade de Puycornet. Le logis primitif fut ainsi reconstruit, pour former un bloc de plan rectangulaire orienté nord-sud de 445 m2 de superficie environ. Son emprise correspond à celle du bâtiment actuel et il n'est pas impossible qu'elle ait intégrée au sud-est une cour intérieure ou un passage desservant l'écurie aménagée sur le côté ouest du bâtiment (E - Fig. 2). L'écurie, évoquée dans le dénombrement des biens de 1596 (2) (...une écurie pouvant loger cinquante ou soixante chevaux), était initialement couverte d'une voûte de pierre calcaire. Elle commande l'accès à deux petites pièces voûtées (3) dont l'une, placée contre l'ancien donjon, est dotée d'une petite fenêtre rectangulaire percée dans l'épaisseur même du mur ouest du logis initial.
Dans le fond de l'écurie, une arcade dessert une salle basse voûtée en berceau éclairée par un jour construit dans le glacis qui conforte le bâtiment à l'ouest (C - Fig. 2). Cet espace, en léger contrebas, était rattaché par un passage à la casemate qui assurait la défense du front oriental (CA - Fig. 2) (4). C'est un petit volume voûté d'un berceau brisé armé d'une canonnière "à la française" logée dans un profond ébrasement extérieur (5).
Le bâtiment possédait alors un niveau supérieur dont témoigne sur l'élévation occidentale une ouverture murée d'un briquetage au XVIIIe siècle. En admettant la pérennisation des dispositions du château "supérieur", un acte de 1729 concernant le dénombrement des biens de Jean de Laporte apporte quelques informations quant à la composition du bâtiment. En effet, le "château" était alors composé d'un coursoir (un passage ou salle ?), d'une cave, d'un chai et d'une prison (petite pièce attenante à l'est à l'écurie), le tout voûté, le dessus est réservé aux pailles ou aux sarments, un second coursoir mène à une vieille tour (le donjon), dans lequel il y a des pigeonniers et une seconde prison (deuxième petite pièce entre la tour et l'écurie).
La protection du bâtiment, sans doute réservé à une garnison, fut renforcée lors de cette phase de reconstruction par un dispositif défensif dont il ne reste que la base de la tour bastionnée qui flanquait la ligne défensive primitive du château (TB - Fig. 1).

LES TRAVAUX SOUS ETIENNE-ALEXANDRE DE LAPORTE : LE XVIIE SIÈCLE

Faisant suite à son père Jean qui engagea la reconstruction du château "inférieur" dès 1711, Etienne-Alexandre de Laporte entreprit de réaménager et de compléter le château "supérieur". Il faut croire que son intervention s'étendit aux murs d'enceinte, aux terrasses occidentales et au passage couvert édifiés en gros blocs calcaires sur l'emprise d'un dispositif défensif établi depuis le Moyen Age (P, S, E - Fig. 1).
L'entreprise toucha l'ancien corps de logis converti en poste de garnison. L'écurie fut dotée d'une nouvelle voûte de tuf et d'une porte ouvrant sur une terrasse disposée dans l'angle sud-est. Le niveau supérieur dans lequel étaient engrangés au début du XVIIe siècle la paille et les sarments de vigne fut entièrement reconstruit pour former un grand volume chauffé par deux cheminées (6) et éclairé par de grandes fenêtres à linteau segmentaire dont deux, percées sur la façade nord, encadrent une niche à fronton curviligne. La distribution était assurée par un escalier en pierre reliant l'ancienne basse-cour au sud et une terrasse suspendue sur laquelle un degré permettait l'accès à une galerie couverte ornée de colonnes, de balustres en pierre et d'un garde-corps à ferronnerie en épingles à cheveux. (ES -Fig. 2).
Le bouvier (l'étable) implanté dans l'angle nord-est contre le glacis des XVe - XVIe siècles (B, Fig. 1, 2) est commandé par deux grandes portes charretières. Au deuxième niveau, une chambre destinée au muletier était simplement équipée d'une fenêtre et d'une porte communiquant avec l'espace aménagé sur le devant de la façade nord du corps principal. La grange fut construite sur l'emprise de l'ancienne tour bastionnée des XVe-XVIe siècles dont les vestiges subsistent en partie basse seulement. Ce petit bâtiment, initialement rattaché au grand portail d'entrée du XVIIIe siècle, est couvert d'une voûte en demi-berceau montée en pierres de tuf d'une régularité sans défaut. On retrouve les caractéristiques de cette mise en œuvre dans le voûtement de l'écurie.

LES TRAVAUX AU COURS DU XIXe SIÈCLE

L'achat du bâtiment et de ses dépendances par la commune en 1870 permit à celle-ci d'établir deux écoles publiques pour filles et garçons, ainsi que les bureaux de la mairie. Les travaux d'aménagement débutèrent vers 1890 sous la responsabilité de l'architecte Rodolosse et de Louis Pezet, maçon (7), et concernèrent l'exécution d'une nouvelle charpente, de planchers, et des voûtains des latrines aménagées dans l'ancien donjon. Cinq ans plus tard, à la demande de l'instituteur, une citerne fut construite dans l'ancienne salle basse, condamnant ainsi l'accès à la casemate devenue obsolète (CI, Fig. 2). Depuis, un mur sépare l'ancienne basse-cour et les terrasses occidentales du bâtiment municipal sur lesquelles l'instituteur et l'institutrice possédaient respectivement un jardin (S) (6).

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(1) Lartigaut Jean), Puy-l’Evêque au Moyen Age - Le castrum et la châtellenie (XIIIe -XVe s.), Editions du Roc de Bourzac, 1991, p. 21.
(2) Dénombrement de 1596. Archives du château de Reyniès.
(3) Au XVIIIe siècle, celles-ci faisaient office de cachots.
(4) Le passage fut obturé au XIXe siècle lors de l'installation d'une citerne (CI - Fig. 2).
(5) On trouve ce type d'ébrasement horizontal couvert d'un arc segmentaire dans les lignes de défense du château de Castelnau-Bretenoux. Thibault (Pascale), Le château de Castelnau-Bretenoux. Itinéraires du Patrimoine, Ed. du Patrimoine, Centre des Monuments Nationaux, 2001.
(6) Les terrasses servent aujourd'hui de jardin pour le gîte aménagé par la municipalité dans l'ancienne écurie et dans les deux cachots.
(7) Extrait du registre des délibérations, du conseil municipal de la commune de Larnagol, le 26 février 1895. A.D. Lot, 2 O 175.

Extrait de "Le Castrum de Larnagol", étude de Valérie ROUSSET publiée dans le bulletin de la Société des Etudes du Lot, Tome CXXIII - Avril-Juin 2002

Publié avec l'aimable autorisation de l'auteur