Etude archéologique (3)

LE CHÂTEAU "INFÉRIEUR"

Le glissement de l'hospitium sur la plate-forme inférieure résulte d'une phase de construction exécutée dans la première moitié du XIVe siècle. Celle-ci ne fut pas entreprise cependant en terrain vierge mais sur l'emprise d'un premier bâtiment dont on ignore la fonction. On pourra tout au plus faire l'hypothèse de dépendances rattachées initialement au château "supérieur", à moins qu'il ne s'agisse des vestiges d'une construction appartenant à un quartier aristocratique réservé aux familles de milites castri comme des exemples en sont attestés à Albas et à Saint-Cirq-Lapopie.
L'édifice, sous l'état définitif qui lui fut donné au XVIIIe siècle, forme un plan en équerre enveloppant en contrebas et au nord l'ancienne basse-cour (BC - Fig. 1, 2). Au corps central sont associées deux extensions : au nord, un chai, un cuvier et l'étable qui borde la cour créée au XVIIIe siècle, à l'ouest, une orangerie disposée perpendiculairement au tracé du rempart.

LES VESTIGES D'UN PREMIER BÂTIMENT

Les vestiges d'une construction primitive conservés sur 3,25 m de hauteur sont englobés dans la partie basse de l'élévation orientale sur cour du corps de logis sous la forme d'un pan de maçonnerie réalisée en appareil de moellons calcaires grossièrement équarris mais parfaitement assises liés par un mortier de chaux et de sable de granulométrie moyenne. Au-dessus, un changement d'appareil témoigne d'une deuxième étape de construction qui intègre la base d'une tête de mur dépendante d'une ancienne structure en pan de bois.
Les traces d'une porte en tiers-point apparaissent sur cette même façade sans qu'il soit permit de certifier sa connexion avec les vestiges précités (1) - seuls des coups de laye à taillant droit pourraient éventuellement suggérer une mise en œuvre antérieure au XIVe siècle. En admettant son rattachement au bâtiment primitif, on peut faire toutefois l'hypothèse de sa pérennisation dans le système distributif du logis seigneurial édifié dans la première moitié du XIVe siècle.

LE CHÂTEAU DE LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIVe SIÈCLE

Le corps de logis médiéval du château "inférieur" est représenté par les élévations est et sud, conservées sur 14 m de hauteur (sur 15 m, si l'on considère l'exhaussement du terrain au XVIIIe siècle). Les 7,80 m de largeur du bâtiment sont donnés par le mur sud limité à l'ouest par une chaîne d'angle tandis que la longueur, estimée grâce à l'épaisseur du mur oriental (1,10 m), est de 10 m. Les murs nord et ouest furent rebâtis, de sorte qu'il n'est pas possible de certifier leurs dispositions initiales, mais la configuration actuelle présuppose un plan rectangulaire d'environ 50 m2 de superficie intérieure, donnant au bâtiment l'allure d'une tour.
La maçonnerie est réalisée en moellons de calcaire assises montés au mortier de chaux et de sable de forte granulométrie. Les ouvertures préservées sur la façade principale permettent d'évaluer à 5 m la hauteur de chacun des trois niveaux d'habitation.
Nous ignorons qu'elles étaient les dispositions du rez-de-chaussée, hormis la présence de la porte en arc brisé pouvant constituer l'accès au logis depuis l'est. Le premier étage, en revanche, est doté à l'est de deux ouvertures, un jour coiffé d'un arc trilobé et une fenêtre géminée, tous les deux occultés et en partie tronqués lors des travaux menés au XVIIIe siècle. Le deuxième étage était percé sur la face orientale par deux fenêtres géminées (2).
Bien qu'obturée au cours du XVIIIe siècle, la baie gauche conservée de ce niveau est en partie conservée (3). Les pierres en calcaire gris sont toutes taillées à la laye bretellée. Les arcs moulurés de chanfreins amortis par des congés sculptés de deux lobes accolés retombent sur les jambages par l'intermédiaire d'impostes profilées d'un angle abattu. Au centre, la colonnette porte un chapiteau en calcaire orné de quatre feuilles composées, disposées sous les angles du tailloir et reliées entre elles par une courte échine. Le traitement très anguleux du décor feuillage induit une datation au cours du premier quart du XIVe siècle. Le même motif, complété cependant de petits fruits lisses disposés entre les feuilles, est adopté dans le décor des fenêtres géminées du premier étage. De l'astragale à profil triangulaire, solidaire du bloc, naissent de fins pétioles de faible relief. La base, toujours taillée dans le calcaire, est composée d'une plinthe cubique bien marquée et d'un tore épais légèrement écrasé cantonné de quatre griffes. Aucune trace sur le parement ne permet d'identifier la présence d'un appui ou d'un cordon régnant sur l'ensemble de la façade. Côté intérieur, l'embrasure avec coussièges en pierre présente les arrachements de deux paires de gonds sur lesquels pivotaient les pentures des volets rabattus contre la colonnette (4).
La désobstruction de cette fenêtre a permis la découverte d'un décor mural. Ce dernier concerne le tableau de l'embrasure sur lequel est peint un faux appareil de pierre blanc sur fond ocre rouge et jaune, l'intrados des arcs et le chapiteau sur lequel subsistent quelques traces ocre rouge. Les pierres de l'intrados de l'arc de l'embrasure remployées dans le comblement du XVIIIe siècle sont ornées d'un décor aux motifs géométriques composés de carrés noirs sur fond au minium reliés par des diagonales à un petit carré central marqué d'une croix. Le thème central occupe le tympan sur lequel est représenté un cavalier à la lance couchée chevauchant sa monture. Le développement de champignons formant à la surface une couche noirâtre a considérablement entamé la couche picturale réalisée à la détrempe sur une fine pellicule de badigeon de chaux appliqué directement sur les pierres ou sur leurs joints (5). La scène souffre de lacunes importantes, mais on distingue pourtant la figure tracée sur un fond gris bleu rehaussé de bandes blanches. Le dessin d'une grande souplesse, les pattes avant et arrière de l'animal saisi en plein galop, traduisent un effet de mouvement suggérant l'affrontement d'un combat ou d'une joute. Le corps de l'animal est peint en ocre jaune sur une sous couche au minium. Quelques traits noirs et des aplats au minium recouverts d'ocré suggèrent la housse de l'animal. L'examen de la figure a permis à Virginie Czerniak (6) de repérer la forme du cavalier représentée par les quelques traits qui dessinent l'épaule, le bras tenant l'écu coloré en blanc, le contour du visage, l'arête du nez, les arcades sourcilières et le casque ouvert à mentonnière. Cet élément, en usage à partir du début du XIVe siècle, et la souplesse du dessin de l'animal, détermineraient ainsi une fourchette chronologique large comprise entre le début du XIVe siècle et le XVe siècle. La contemporanéité du décor et du support ne peut être déterminée avec exactitude ; de même, le commanditaire, puisque les vicomtes de Calvignac apparaissent dans les premières années du XIVe siècle et sont suivis de peu (en 1350) par les Caussade de Puycornet.
Ce cavalier aujourd'hui isolé était vraisemblablement rattaché à une composition plus ample prenant en compte l'unité spatiale même de la salle, véritable mise en scène étendue ainsi à l'embrasure de la fenêtre voisine. Tout incite à penser en effet que l'image de combat était complétée sur le deuxième tympan par la représentation d'un adversaire en position d'affrontement. La nature de ce décor figuré associé au support potentiel de motifs héraldiques ainsi que le nombre des fenêtres géminées sont d'autant d'arguments pour restituer au deuxième étage du logis, la salle (Paula) du château, destinée aux fonctions sociales et représentatives et au domaine privé.
La lecture des élévations, contrainte certes par l'état parfait des parements intérieurs et extérieurs, plâtrés et ornés de gypseries au XVIIIe siècle, ne permet pas d'attester la présence d'un donjon dans l'état du XIVe siècle. Les éléments architecturaux les plus anciens visibles sur les parements de la tour implantée sur l'angle nord-ouest relèvent d'une phase de construction entreprise à la fin du XVe siècle - XVIe siècle- ce qui n'exclue pas cependant des substructions plus anciennes (T - Fig. 2). Nous avons observé plus haut comment le donjon du château "supérieur" fut transformé en tour-porte lors d'une phase élaborée lors de la première moitié du XIVe siècle. Nous ignorons en revanche quelles furent alors les dispositions de ses niveaux supérieurs et dans ce sens, l'hypothèse du maintien de son caractère emblématique peut être posée, rendant plausible l'absence de tour dans le château "inférieur". Par ailleurs, la structure, très incomplète certes, du nouveau logis semble tendre vers l'image d'une tour, et pourrait remplir elle-même la fonction rhétorique.

LES AMÉNAGEMENTS AU COURS DE LA PÉRIODE COMPRISE ENTRE LA DEUXIÈME MOITIÉ DU XIVe SIÈCLE ET LE XVIe SIÈCLE

C'est donc sur la base d'un logis préexistant englobant lui-même les restes d'une construction antérieure que les seigneurs de Larnagol entamèrent la quasi-reconstruction de l'édifice.
Une première étape concerne le mur nord du logis bâti en moellons de calcaire assises (M - Fig. 2). Ce dernier de 0,70 de large est lié dans le niveau de comble à un chaînage en retour vers le sud que couronne une corniche en pierre à trois ressauts en forme de quart-de-rond. Le parement est couvert d'un enduit, lui-même englobé sous l'enduit du XVIIIe siècle. En l'absence de sondages possibles dans les autres parties de l'édifice, les relations constructives entre ce mur et les murs de du premiers quart du XIVe siècle restent encore obscures.
La deuxième étape de travaux concerna le doublement du logis sur ses flancs ouest et nord pour former au total une superficie au sol estimée à près de 164 m2 et culminant toujours à 15 m de hauteur.
Le chantier mit en œuvre des maçonneries en appareil brouillé en moellons de calcaire gris noyés dans un mortier grossier.
L'extension occidentale est répartie en trois niveaux d'habitation estimés à 5 m sous plafond chacun et parfaitement cohérents avec les niveaux instaurés au XIVe siècle. Les ouvertures, portes et fenêtres, n'apparaissent plus, détruites ou murées au XVIIIe siècle.
L'extension septentrionale, plus complexe, fut l'objet de remaniements drastiques au XVIIIe siècle et réduite ainsi à la forme d'une tour intégrée au corps de logis (T - Fig. 2). Quelques indices archivistiques et architecturaux permettent pourtant de cerner de plus près la structure originelle de cette partie. En effet, l'emplacement de la porte haute couverte d'un arc segmentaire et dotée de congés en fer de lance montre que le mur nord de la "tour" filait à l'origine vers l'est pour englober un volume contigu dont la description est faite en 1705 à l'occasion de l'inventaire des biens de Félix de Laporte (7). L'adéquation des vestiges et les termes du document laissent à penser en effet que l'état de la fin du XVe-XVIe siècles fut maintenu jusqu'au début du XVIIIe siècle. Un escalier donnait accès dans l'étage noble composé d'une salle haute (corps de logis initial), d'une chambre et d'une cuisine attenante (extension ouest). Un vaisselier contigu à celle-ci occupait le niveau de la " tour " et donnait dans une chambre appelée prytidou (où étaient disposés les ustensiles de cuisine). On parvenait ensuite par l'escalier dans le niveau réservé aux galetas et aux graniers. Le volume de la "tour" était donc complété à l'est par un volume dans l'espace duquel était logé l'escalier montant de fond en comble pour desservir les différents étages du logis. Par ailleurs, un contrat à prix fait passé en 1710 concernant l'édification de l'actuelle cage d'escalier confirme ces dispositions : "de plus, le dit Portier doit et se charge de démolir l'entière muraille avec le petit escalier qu'elle contient du côté où doit être bâti le nouveau (escalier), et en conserver toute la pierre de taille qui s'y trouvera pour l'employer au nouveau bâtiment". Par ailleurs, un nombre important de pierres taillées à la laye brettelée est effectivement remployé dans la construction du XVIIIe siècle.
Ainsi, seul le troisième niveau destiné au pigeonnier émergeait-il sur l'angle du bloc compact que formaient le corps initial et ses doublements (8).

LA RECONSTRUCTION AU XVIIe SIÈCLE

Les travaux sous Jean de Laporte (de 1705 à 1729)
Jean de Laporte signa dans les premières années du XVIIe siècle un chantier de grande ampleur amorcé par la rénovation de l'ancien logis à laquelle succéda dès 1711 la construction d'un nouvel escalier et d'une aile nord (L2 - Fig. 2). Le programme fut confié au maçon figeacois François Fortier, relayé après sa mort en 1717 par Antoine Palis, maçon à Cahors.
Les travaux dans l'ancien corps de logis sud
Les façades est et sud sont réglées sur le strict ordonnancement des fenêtres (9) et des lucarnes percées en fonction de l'organisation intérieure de l'édifice. A l'est, une petite baie assure l'éclairage d'un niveau d'entresol placé au deuxième niveau. Les deux fenêtres étroites disposées sur la partie droite ont été créées a posteriori pour ouvrir sur des couloirs aménagés aux troisième et quatrième niveaux.
Dans le souci de recherche d'intimité des pièces et du confort, le volume intérieur précédemment réparti en trois niveaux fut divisé en quatre niveaux regroupant trois appartements, ainsi qu'un entresol destiné au stockage des denrées.
Le premier, de plain-pied, est réservé à la grande salle qui s'ouvrait en 1729 par deux portes-fenêtres sur un parterre orné de douze orangers (S - Fig. 2). C'est une pièce dallée, couverte d'une voûte légèrement aplatie retombant en lunette sur le manteau de la cheminée. Les portes d'accès dans les pièces mitoyennes ouest, la chambre et l'arrière-chambre, sont percées dans le respect de la symétrie. Elles se divisent en panneaux dont les fortes moulures en bec-de-corbin accusent parfois des formes octogonales. Elles ont conservé leur quincaillerie (serrures, gonds, pentures, poignées et leurs platines du XVIIIe siècle. Des lambris en noyer, dont les panneaux rectangulaires sont marqués par des moulures en bec-de-corbin fort accusées garnissent la base des murs, leur sommet étant souligné par une corniche en doucine. Ces mêmes profils ornent le manteau de la cheminée.
La chambre est un petit volume voûté, doté de lambris aux moulures plus discrètes et d'un parquet Versailles en chêne et noyer aux dessins de losanges et de croix (CH1 - Fig. 2).
L'arrière-chambre, attenante à la chambre à l'est, constitue un espace voûté, peu éclairé et au traitement succinct, dont la moitié est compartimentée de boiserie en placards de pin et de grillage du XVIIIe siècle (AC - Fig. 2).
L'implantation d'un entresol à vocation de greniers indique le pragmatisme du maître d'ouvrage au détriment d'une partition conventionnelle de l'espace intérieur. Trois greniers y sont rassemblés. Leur fonction purement domestique s'affirme par la simplicité du traitement : carreaux de terres cuites, solives sans ornement, fenêtres étroites diffusant faiblement la lumière de l'est.
L'appartement du premier étage est composé d'une salle qui fut recoupée ultérieurement par un couloir aménagé sur son côté nord. Celle-ci ouvre par deux fenêtres modernisées au XIXe siècle, l'une au sud, l'autre à l'est. La grande salle, qui joue le rôle traditionnel au XVIIIe siècle d'une antichambre est accompagnée sur son côté occidental par une chambre de dimension moindre, d'une arrière-chambre et d'un cabinet implanté dans le premier niveau de la "tour". La salle est placée sous un plafond aux solives en châtaignier moulurées de petits tores supporté par une grande poutre centrale et une ceinture de type sablière. Un lambris en noyer forme sur le mur occidental un grand décor architecture de style Louis XIV intégrant systématiquement par rapport à la cheminée les portes menant dans la chambre et l'arrière-chambre. La composition est orchestrée en panneaux rectangulaires de dimensions variées qu'agrémentent les courbes des trumeaux de la cheminée et des entablements des portes.
Dans la chambre, les boiseries et les gypseries s'attachent à accroître l'intimité. Les motifs de stuc, coquilles, pampres, guirlandes de feuillages et de fleurs, sont réservés à la hotte de la cheminée, au trumeau de la porte, ainsi qu'aux écoinçons du plafond souligné de bandeaux moulurés.
Les gypseries sont d'une facture et d'un style Régence, antérieurs donc à celles qui existent ailleurs dans la demeure. L'emplacement du lit est marqué par la structure du lambris de noyer de style Louis XIV orné de tablettes et d'un médaillon de forme ovale. Des prismes, des étoiles et des arabesques ornent le manteau de la cheminée. Ces boiseries demeurent raffinées jusque dans l'embrasure de la porte dont le plafond s'agrémente d'un ovale. Le parquet Versailles décline, en un assemblage de bois de noyer et de chêne, des motifs tous différents de rosaces et d'étoiles.
Dans l'arrière-chambre, les effets de décors sont autrement limités : la poutraison apparente ne présente aucun ornement et le sol est couvert de carreaux de terre cuite octogonaux à bouchons. La création d'une porte dans l'épaisseur du mur de la "tour" permit de lier cette pièce au cabinet couvert d'une voûte d'arêtes.
Le traitement du deuxième étage accuse la hiérarchisation des niveaux. Le plafond de l'antichambre est structuré de petites solives maintenues par des poutres maîtresses et des sablières aux angles ornés d'une moulure torique. Le plancher est fait de grandes lames de châtaignier simplement clouées, qui en dehors du couloir de passage ont été recouvertes postérieurement d'un plancher régulier de noyer muni de cache-joints.
L'ornementation des murs de la chambre, à plafonds à solives et simple plancher, a été l'objet des travaux entrepris par Etienne de Laporte (voir La construction sous Etienne-Alexandre de Laporte (de 1729 à 1783) - L'arrière-chambre munie d'une cheminée se présente en revanche sous la forme que lui a donné son père, Jean. La simplicité de son dallage formé de carreaux de terre cuite et de la poutraison affirme le caractère plus rustique de ce niveau. Le cabinet logé dans le corps de la "tour" est voûté d'un berceau longitudinal. Aucun dispositif ne le complète à l'exception d'un placard des XVe-XVIe siècles dont l'usage fut maintenu dans le temps.
Le dernier niveau est réservé au galetas aménagé sous une charpente à enrayures. La couverture en tuiles canal couvre les pans de faible pente, tandis que les brisis ont reçu des tuiles plates. Le traitement du sol varie : en plancher de chêne dans la partie orientale et en carreaux de terre cuite à l'ouest. Les lucarnes à jambages et frontons triangulaires de pierre s'ouvrent à l'aplomb des travées des fenêtres principales : quatre sur la façade orientale, deux au sud, et une seule sur la face ouest.


L'escalier
La topographie des lieux, l'affleurement du rocher à l'ouest et vraisemblablement les dispositions de l'escalier précédent ont déterminé les choix de Jean de Laporte et de son maçon, au détriment d'une véritable innovation architecturale. Comme nous l'avons souligné plus haut, sa mise en œuvre a été entreprise entre 1710 et 1711 ; elle incluait par ailleurs la réalisation des portes palières aux panneaux de noyer desservant les différents niveaux du corps de logis sud rénové et ceux du futur logis nord (les travaux de ce dernier débutèrent en 1712).
Le parti fut d'édifier un escalier rampe-sur-rampe à sept volées droites. Les paliers ainsi que les repos sont couverts de voûtes d'arêtes, sans doute montées en tuf calcaire. Les marches, pour la plupart monolithes, sont taillées dans le calcaire et profilées d'un demi-tore et d'une petite bande. De chaque côté des paliers, les portes à encadrement rectangulaire et chanfrein sont placées dans un strict vis-à-vis. Les parements des murs et des voûtes sont couverts d'enduit taloche recouvert d'un passage de badigeon de chaux blanc souligné sur la hauteur d'un lambris (80 cm) d'un aplat coloré ocre rouge. La couche initiale fut ensuite masquée par une peinture bleue, elle-même recouverte d'une ultime application de chaux blanche (attestée en 1771). En façade, l'escalier est signalé par la travée des fenêtres et de la porte d'entrée dont les pilastres et l'entablement à fronton toscan constituent dans l'édifice les seules références aux ordres antiques.
Les goûts de Jean de Laporte et de son maçon reflètent généralement des tendances archaïsantes. Les boiseries de la grande salle du rez-de-chaussée et de la chambre sud-ouest du premier étage, comme les portes palières relèvent d'un style purement Louis XIV, alors que leur réalisation se situe à l'extrême fin de ce règne. Par ailleurs, l'escalier à rampes droites, rampe-sur-rampe, qui est adopté en Quercy dès le XVIe siècle, constitue une formule pérennisée ici jusque dans le premier quart du XVIIIe siècle.


Le corps de logis nord
En 1712, Jean de Laporte et François Portier passèrent contrat pour la réalisation de l'extension nord du château (10).
Comme les refends, les façades sont réalisées en maçonnerie de moellons de calcaire liés au mortier de chaux et de sable grossier, intégrant ponctuellement des pierres de tuf.
L'élévation orientale est réglée sur deux travées de fenêtres qui éclairent chacune une pièce. Les deux travées sont sommées de deux lucarnes dans le brisis du comble.
A l'ouest, l'élévation édifiée contre le rocher est restée aveugle. L'élévation nord sur laquelle vint s'appuyer un corps de bâtiment adjacent, était initialement réservée aux écoulements de deux latrines (appelées cabinet dans un acte de 1712, bouges en 1729 (11), dont les coffres en briques sont portés en encorbellement par des consoles de pierre.
L'essentiel du rez-de-chaussée est occupé par une vaste cuisine au sol revêtu de dalles calcaires piquetées (C - Fig. 2). Les murs ainsi que la voûte d'arêtes étaient recouverts au XVIIIe siècle de badigeon de chaux blanc (12). Elle présente tous les éléments domestiques nécessaire à l'usage : l'aiguière (évier) comprenant la dalle d'un évier alimenté alors par l'eau de la source canalisée par des tuyauteries en plomb (13), des étagères et des niches, la cheminée dont le linteau et les jambages ont fait l'objet d'un remaniement au XIXe siècle, deux placards à niches latérales, et le potager, petit fourneau alimenté par les braises recueillies dans la cheminée pour permettre la cuisson des mets. Le bâti, tapissé de faïences du XVIIIe siècle à décor blanc, bleu et jaune, est doté de six grilles de fonte et de six portes de tôle.
La présence du rocher sur la face arrière ouest confère au lieu une température constante, qualité qui présida ainsi à l'implantation aux côtés de la cuisine d'un office et d'une petite cave couverts d'une voûte en tuffeau (CV, OF - Fig. 2).
Pour s'aligner sur les dispositions du logis sud, trois greniers furent implantés dans le niveau d'entresol.
L'appartement du premier étage est composé de deux pièces en enfilade : une grande antichambre suivie d'une chambre. Cette dernière était complétée par des latrines disposées en encorbellement sur le nord. L'antichambre est une grande pièce au plancher en noyer. Le plafond à la française est constitué de solives portées par des poutres en châtaignier ornées de doucines renversées. Des entrevous de plan incliné masquent les espaces entre les pièces maîtresses.
Au-dessus, le deuxième appartement dispose d'une structure similaire, à savoir une antichambre et une chambre, réservées en 1722 et encore en 1791 au personnel de la maison, et un cabinet (latrines) dont on retrouve les vestiges à l'extérieur. Leur traitement est rustique avec des plafonds constitués de solives simplement dégrossies (14).
Les travaux furent achevés par la construction de la toiture établie dans le prolongement et selon les dispositions de la couverture du corps de logis sud. La toiture à la Mansart, en tuile plates sur le brisis et en tuiles canal sur les pans à faible pente, repose sur une génoise à deux rangs que souligne un bandeau blanc.
Ces derniers travaux précédèrent de peu sans doute l'édification au sommet de la tour-pigeonnier de trois nouveaux étages et d'une toiture à quatre pans couverte de lauzes de schiste.
Pour homogénéiser l'ensemble, les parements extérieurs furent couverts d'un enduit de chaux grasse et de sable de rivière grossier. Des bandeaux lissés accentuent la stricte composition des façades en affirmant l'ordonnancement des travées. Le maître d'œuvre intégra par ailleurs au sommet des façades est et ouest de grands motifs de croix soclées sommairement exécutés au badigeon de chaux grasse. Un principe analogue fut adopté de part et d'autre de la porte d'entrée, où deux zones en demi-cercle sont couronnées de décor de boules. On peut supposer que c'est au cours de cette campagne de travaux qu'a été implanté sur la façade sud un grand cadran solaire propre à indiquer les heures depuis six heures du matin jusqu'à quatre heures de l'après-midi, et où figurait la devise : Quan quaeris praeteriit, "Celle que tu attends est déjà partie".


La basse-cour et les dépendances
On doit à Antoine Palis les constructions ordonnées autour de la basse-cour étendue entre la voie publique et la façade principale de la demeure (Fig. 1).
La basse-cour initialement pavée de galets de rivière était fermée au contact de la rue par un grand mur droit percé d'un portail d'entrée en partie rebâti par Raymond Subes qui aménagea le tourne-brides qui précède du côté rue le portail métallique réalisé alors selon un modèle ancien (G - Fig. 2)
L'écurie, dont les travaux débutèrent en 1722, est séparée du corps de logis par un petit espace dans lequel était implantée la buanderie (buganderie qui fit ensuite fonction de boulangerie) que chauffait une simple cheminée en pierre et bois (EC - Fig. 1). L'écurie présente un niveau de plain-pied structuré en quatre espaces voûtés en berceau monté en pierres de tuffeau : une porcherie accessible depuis la rue publique et la basse-cour, et surmontée d'un gelier, (poulailler), une écurie dont la voûte a disparu, et une petite pièce réservée au muletier. Au-dessus, le comble à la Mansart, souligné en façade par une corniche en briques et en tuffeau profilée de bandeaux, de quart-de-rond et d'une gorge, était réservé au grenier à foin. S'ouvrent ici deux lucarnes de pierre à fronton triangulaire. Une troisième lucarne à moulures de briques et fronton curviligne, fut ajoutée sur la droite après 1725.
Un escalier polygonal entrepris en 1725 selon les plans dressés par Antoine Palis reliait la cour et la terrasse longeant la façade principale. Axé sur la porte d'entrée, il accentuait l'ordonnancement symétrique de la façade. Le degré actuel dont les marches de pierre sont comprises entre deux larges rampes formant un évasement a été édifié entre la fin du XVIIIe siècle et 1811 et englobe entièrement l'emprise au sol de l'ouvrage primitif.
Une fauconnerie (lepicauzell (15) ) était située entre le mur de clôture de la cour et le plan incliné permettant l'accès au souterrain voûté et adossé au mur de l'allée supérieure (16). Il s'agissait d'une construction soignée, à deux niveaux présentant sur la face ouest une large ouverture rectangulaire munie d'un grillage façonné à la main. L'égout de la pente orientale de la toiture ne pouvait se faire qu'à travers le mur de clôture où subsistent encore aujourd'hui de petites ouvertures d'écoulement. Selon le témoignage de Jacques Subes, l'espace intérieur comportait de grandes barres gainées de tissu formant perchoirs, pratique recommandée à l'époque pour les appartements destinés aux faucons.


Les jardins
En raison de la rareté des indices, il est difficile de se représenter ce que purent être au XVIIIe siècle les jardins accompagnant cette demeure. C'est en profitant d'une source jaillissant du versant de la colline que Jean de Laporte fit édifier de hauts murs pour soutenir des terrasses dont seuls des jardins justifient l'existence. Il est intéressant de relever que pour élargir l'allée conduisant aux terrasses de l'autre côté de la rue, on a prit la peine d'édifier en soutènement un corps de portique comportant quatre voûtes de tuf et de doubler la largeur du pontet franchissant la rue (Q, PO - Fig. 1).
Le même soin fut apporté à l'entrée des terrasses. Fait unique dans la résidence, sur un portail de ferronnerie aux motifs Louis XVI marquant l'accès à celles-ci, se trouve un élégant fronton qui portait sous la couronne de baron les armes d'Etienne-Alexandre de Laporte (qui poursuivit la tâche de son père) et de sa femme, Jeanne-Josephe de Lautran de Saint-Hubert. Il est supporté par deux pilastres accostés de consoles de pierre et sommés de boules d'amortissement à facettes.
Dans la muraille qui contrebute le niveau supérieur se trouvent aménagées deux hautes alcôves à niches d'éclairage munies de bancs de pierre. Pour compléter cet ensemble, deux niveaux de plates-bandes surélevées soutenues par de grandes dalles de pierre placées verticalement s'étendent tout au long de la muraille. Il est assuré de conclure qu'il ne pouvait y avoir là qu'un jardin d'agrément. Peut-être se trouvait-il accompagné de fabriques qui, réalisées en treillis de bois auraient disparu sans laisser de traces ?
De ce premier niveau partent les volées droites d'un large escalier aboutissant à une esplanade rectangulaire sur laquelle de petits escaliers permettant de rejoindre d'autres terrasses et dont les retours mènent à une source située à un niveau supérieur. Confinée dans la fraîcheur d'une petite construction, celle-ci alimente trois bassins : un bassin de décantation et de filtrage, un grand bassin bordée d'une circulation en dallage desservant ainsi une sobre et rustique "nymphée" et s'écoulant dans un dernier bassin dont les degrés immergés font penser qu'il était destiné aux bains. L'écoulement des eaux se faisait par un large trop-plein placé à l'arrière de ce bassin dont le conduit descendait à l'extérieur des murs jusqu'à la rue.
Grâce à la forte déclivité du terrain, l'eau de la source alimentait un réseau hydraulique constitué de tuyaux de plomb dont l'usage est attesté dans un document de 1729 (17). La conduite principale est intégrée dans les murs de soutènement des terrasse, dans le tablier du pontet, et réapparaît plus loin dans le passage voûté contrebute par le corps de portique. Au fond de celui-ci, elle se divise en deux tuyaux, l'un orienté vers les salles basses du pavillon sud-est, l'autre vers l'ouest afin d'approvisionner la résidence et le bassin octogonal implanté sur la terrasse méridionale. L'eau de la source, par un simple système de vases communiquant, pouvait remonter jusqu'au cabinet du premier étage situé dans la "tour" et au-delà jusqu'à la terrasse haute (basse-cour primitive) du côté nord-ouest du château.
Le pavillon sud-est était desservi en eau de source sans que nous n'en connaissions l'usage. Il rassemble quatre niveaux qui lui confèrent l'allure d'une tour. Le premier, voûté, était accessible depuis la rue. Le second, dallé de galets et couvert d'une voûte de tuf, est desservi par le passage souterrain. Cet espace est doté dans l'épaisseur de son mur est d'un large conduit maçonné montant à la verticale depuis le rez-de-chaussée jusqu'au niveau supérieur. La vocation de ce dernier demeure obscure. Le troisième niveau, ouvert de plain-pied sur la terrasse du château, est composé de deux petites pièces réservées aujourd'hui aux commodités. Le quatrième niveau, en soupente, abritait un pigeonnier. La fonction des trois premiers niveaux reste inexpliquée mais sans doute était-elle liée à l'hygiène domestique (salles de bains, latrines), peut-être aussi à des glacières ?


Les travaux sous Etienne-Alexandre de Laporte (de 1729 à 1783)
Etienne-Alexandre reçut par héritage la seigneurie de Larnagol en 1729, et acheva l'œuvre initiée par son père Jean. Ses travaux se portèrent sur l'ornementation de la demeure qu'il dota à l'ouest d'un corps de logis relié à une orangerie qui préexistait peut-être (18), au nord d'un chai et d'un cuvier (19). Son intervention ne s'est pas arrêtée seulement à clore les dispositions du château "inférieur" mais a englobé la reconstruction du "château supérieur", complété d'une grange et d'un bouvier.


Les décors de gypseries dans le corps de logis sud
Les lambris préexistants de la grande salle furent alors associés à l'ornementation complète des murs. Des panneaux encadrés de moulures de stuc blanc sur fond bleu pâle teinté dans la masse structurent depuis lors les murs. Un décor de gypseries dont le style se situe entre la Régence et le règne de Louis XV en orne les cadres sous forme de rubans, de palmettes, de bouquets et de tiges souples entrelacées dont les rinceaux gagnent les naissances de la voûte et en marquent le centre. Sur les panneaux des murs, des motifs louent en abondance les charmes et les plaisirs de la vie rustique : chutes de fleurs, trophées de chasse et de pêche. Aux trumeaux des trois portes, de rustiques putti offrent les aliments qui pouvaient être consommés dans cette salle : poissons, pâtisseries, fruits et vins. Ces thèmes profanes sont associés aux sujets mythologiques, non moins bucoliques, développés sur huit grandes toiles tendues dans des cadres de stuc : "Diane changeant Iphigénie en biche", "Méléagre partant à la chasse du sanglier de Colidon", "Jupiter élevé par les Cuètes et nourri par la chèvre Amalthée", "Pénélope au retour d'Ulysse", "Orphée charmant les animaux", "Maléagre remettant à Atalante la hure du sanglier de Colydon", "Mercure endormant Argus" (d'après Jordaens), "l'Enfance de Bacchus" (20).
Dans ce qui était à l'origine une chambre au rez-de-chaussée, les murs sont dotés de panneaux de stuc bordés de moulures blanches aux contours chantournés et de pilastres ornés de rocailles. Dans cette pièce ont été conservées les portes de deux placards de structure Louis XV, peintes dès l'origine en vert, et surtout la fenêtre munie de ses petites vitres anciennes, de ses doubles volets comportant des impostes, le tout étant équipé de la riche quincaillerie d'époque.
Le décor de stuc de l'antichambre se cantonne aux dessus de portes soulignés de simples moulures et au manteau de la cheminée couronné d'une guirlande de fleurs annonçant le style Louis XVI. Sans doute les murs ont-ils été garnis de tissu. Les panneaux des portes de noyer bien différentes de celles de l'escalier ont en revanche gardé l'empreinte du style Louis XV.
Etienne-Alexandre de Laporte choisit pour l'ornementation de la chambre un style plus contemporain. En confia-t-il la réalisation au stucateur italien Marc Orsini qu'il avait chargé de l'ornementation de l'église paroissiale dès 1781 ? (21). Les lambris d'appui en bois peint d'un bleu pâle font fonction de stylobates, tandis que des piédestaux en surépaisseur forment l'assise de pilastres cannelés en stuc rythmant ainsi les murs de plâtre. Des coquilles à feuillages perlés, un entrecroisement de flambeaux noués de rubans et un cœur incandescent complètent la rigueur des formes à l'antique.


Les décors de gypseries dans le corps de logis nord
Les travaux d'Etienne-Alexandre touchèrent par ailleurs les pièces du corps de logis nord et notamment l'antichambre du premier étage. Ici les décors de gypseries Louis XV localisés au dessus de la porte et aux trumeaux des cheminées représentent un phénix renaissant de ses cendres et deux amours en présence des symboles des Sciences et des Arts.
Le nouveau propriétaire fit réaliser dans la chambre une cheminée au trumeau orné de moulures de stuc et d'un décor de gypseries voué aux sentiments amoureux et maternels, représentés dans "Le baiser de deux colombes" et "Le pélican donnant ses entrailles à ses petits".


Le corps de logis ouest et l'orangerie
Le corps de bâtiment occidental rassemble un grand salon, un cabinet de travail ouverts sur le jardin au sud, ainsi qu'un office et une chambre tournés vers l'ouest (GS, CT, OF2, CH2 - Fig. 2). Bâtie en appareil irrégulier de moellons de calcaire, la façade sur jardin est percée de deux portes-fenêtres et d'une fenêtre aux encadrements de pierre à arêtes vives. Un enduit taloche recouvre les parements mettant en valeur les ouvertures. L'avant-toit est constitué d'une corniche réalisée sur le modèle de celle de l'écurie construite par Antoine Palis. La couverture, modifiée ultérieurement, quoique de faible pente, obture actuellement en partie les fenêtres des greniers, dont on dut réduire les encadrements.
Dans le grand salon, la salle parquetée occupe une surface au sol de 48 m2 : elle est desservie depuis la salle à manger par les portes de la chambre disposées en enfilade. Sous un plafond lisse plâtré, elle est dotée de grands panneaux aux encadrements sommés de motifs rocaille. Le décor de gypseries blanches, réservé aux murs est, ouest et sud, présente des compositions dont les sujets, aiguière, tonnelet, corbeille de fruits, pampres, rosés, et chapeau de paille...évoquent les plaisirs et les charmes de la vie champêtre.
L'ornementation Louis XV est complétée par le manteau de marbre de la cheminée et par un exceptionnel parquet " Versailles " où se mêlent les tons chauds du noyer et du chêne. Sa composition, constituée de neufs motifs, s'ordonne autour d'un compartiment central savamment orné d'une rosace et de dessins en demi-cercle. Ce type d'ornementation semble particulièrement rare mais on en signale un exemple au Musée Ingres, c'est à dire dans l'ancien évêché de Montauban.
Le cabinet implanté à la suite du salon a l'intimité d'un espace réservé aux études, avec son plafond à adoucissement, ses panneaux en stuc moulurés et les tons chauds des lambris de noyer. Deux encoignures aux moulures chantournées encadrent la cheminée aux lignes épurées et complètent ainsi l'atmosphère chaleureuse du volume.
Des éléments de gypseries Louis XV, masques, feuillages souples, et animaux fabuleux, ornent la retombée du plafond, tandis que le buste d'un homme traçant quelques figures de la pointe d'un compas est représenté sur le trumeau de la cheminée. Ne serait-ce pas là la signature d'Etienne-Alexandre de Laporte qui aurait souhaité figurer avec ce symbole maçonnique dans son cabinet de travail ?
Un office et une chambre sont implantés au nord. Le premier, qui devait être à l'origine protégé par une toiture couverte en tuiles canal, se trouve aujourd'hui à ciel ouvert. Il était pourvu d'une grande fenêtre à l'arrière-voussure bâtie en tuffeau. A sa suite, est aménagée une petite chambre que chauffait à l'origine une cheminée.
L'ensemble de la construction est adaptée au dénivellement du terrain, marqué sur la bordure occidentale de l'éminence rocheuse par un petit à-pic, de sorte que le maître d'œuvre fut dans l'obligation de bâtir sur l'extrémité un petit réduit accessible depuis la rue publique. Avec le substrat rocheux, il forme l'assise de l'orangerie dont le sol était initialement en terre battue (OR - Fig. 2). Celle-ci constitue une serre tempérée favorable à la conservation des arbustes en saison froide dans une atmosphère très éclairée grâce aux percements placés au sud et à l'ouest.


L'extension nord : le cuvier et le chai
Un cuvier et un chai complètent l'aile nord. Le premier, long de 12 m sur 5,50 m de large, est couvert d'une voûte en moellons de tuffeau d'une régularité sans défaut (V, X - Fig. 2). Un pavage en petits galets de rivière en tapisse le sol. Le rocher entaillé au nord, affleure sur le parement où furent aménagés de petits arcs de décharge comblés de fragments de tuiles plates.
Le vaste chai (8,50 m sur 10 m), est aujourd'hui privé de toiture. Au XVIIIe siècle, il était accessible depuis le cuvier et l'écurie et s'ouvrait au nord par l'intermédiaire de trois baies aux embrasures en tuf calcaire.

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(1) La relation stratigraphique ne peut être analysée puisque l'enduit recouvrant le parement ainsi que le percement exécuté au XVIIIe siècle dans l'intervalle séparant la maçonnerie primitive et les vestiges de la porte, n'autorisent pas la lecture de cette partie de l'élévation.
(2) D'après des fissures dans le mur sud, une troisième fenêtre complétait ce niveau.
(3) Les travaux de désobstruction et de restauration entrepris en 2001 ont été réalisés par l'entreprise de maçonnerie Jacky Piano avec les conseils de Madame Nathalie Prat, architecte du patrimoine.
(4) Les volets étaient maintenus par des loquets coulissant dans deux douilles métalliques dont les pattes de fixation sont fichées d'une part sous la base de la colonnette et d'autre part entre le chapiteau et le claveau sommier.
(5) Le décor a été restauré par Sylvie Pontlévy et Gérard Laurel, restaurateurs de peintures.
(6) Czerniak (Virginie), Les peintures murales en Quercy du XIIe au XVIe siècle. Université Michel de Montaigne, Bordeaux III, sous la direction de Jacques Lacoste. Thèse en cours.
(7) Lacoste (Guillaume), Histoire générale de la province de Quercy, Cahors, J. Girma, 1883-1886, rééd. Marseille, Lafitte Reprints, 1982, T. IV, p. 182.
Albe (Chanoine Edmond), Monographies des paroisses du diocèse de Cahors, Ms, Archives diocésaines de Cahors.
(8) Dans une copie de 1742 du cadastre de Larnagol qui d'après monsieur Yannick du Guerny, doit dater de 1606 (Archives du château de Reyniès), plusieurs confronts concernent le pigeonnier du seigneur -.Antoine Serres, une étable grange jardin au dit Larnagol confronte avec le pigeonnier du seigneur du dit lieu, jardin et maison de Bertrand Breil et chemin public...
(9) Les fenêtres du rez-de-chaussée furent transformées en portes-fenêtres au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.
(10) Police passée entre Monsieur de Larnagol et Maître Portier pour raison du nouveau corps de logis. 25 juillet 1712. Archives du château de Reyniès.
(11) Le bouge n'est pas mentionné dans l'acte de 1712 ; il est cependant attesté en 1729. Consistance de la terre de Larnagol et des dépendants lors de la mort de Jean de Laporte, seigneur du dit lieu arrivée le 5 octobre 1729. 15 octobre 1729. Archives du château de Reyniès.
(12) Etat de ce que j'ai donné à Larnagol en 1771. Folio 3. Archives du château de Reyniès.
(13) Telles en étaient les dispositions en 1924 lorsque Raymond Subes acheta le château. Communication de Jacques Subes.
(14) Le décor des murs de style Louis XIV est dû à Raymond Subes ; auparavant ceux-ci étaient seulement revêtus d'un enduit de chaux et de sable à forte granulométrie.
(15) Second contrat de bail à prix fait addition au premier passé entre le seigneur de Larnagol et Antoine palis, maçon à Cahors, du 28 mars 1725. Archives départementales du Lot, sous la cote 3 F 1153/4.
(16) Le bâtiment fut détruit peu avant 1950.
(17) Dans un acte du 15 octobre 1729, il est fait mention d'une pièce d'eau qui ne va plus. En 1771, on achetait un tuyau de plomb pour la fontaine. Etat de ce que me coûte la réparation du bouvié, de la grange, de la fontaine, et du coursoir en 1771. Archives du château de Reyniès.
Concernant les tuyaux de plomb, il faut citer un extrait de La nouvelle maison rustique ou Economie générale de tous les biens de campagne. Paris, Chez Durand, Libraire, 1736. page 377 : Ceux de plomb sont plus commodes en ce qu'on peut les faire descendre, tourner et monter sans nuire à l'eau qui y coule.
(18) En 1729, douze orangers sont attestés. Or en raison du climat, il ne peut y avoir de caisses d'oranges s'il n'y a pas d'orangerie pour les abriter en hiver.
(19) Inventaire des meubles et des effets que ma fille (Marguerite) a laissé à Larnagol. Le 21 ventose V (12 mars 1797). Archives du châtau de Reyniès.
(20) D'après l'analyse de Jacques Subes.
(21) Police du 2 juillet 1781. Archives du château de Reyniès.

Extrait de "Le Castrum de Larnagol", étude de Valérie ROUSSET publiée dans le bulletin de la Société des Etudes du Lot, Tome CXXIII - Avril-Juin 2002

Publié avec l'aimable autorisation de l'auteur