Geneviève Peyre

Geneviève Peyre, née Liauzun en 1935 à Calvignac fait incontestablement partie des personnages du village de Larnagol.
Elle a laissé plus de 700 peintures. Elle a évidemment peint le village, mais aussi les endroits qu'elle a visité dans d'autres régions de France. Elle s'est éteinte le jour de la fête nationale en 2011.
Qui mieux que sa fille pouvait parler d'elle. Nous vous livrons ici ce texte écrit par Catherine en 2017 à l'occasion de l'exposition des toiles de Geneviève à l'Annexe de Larnagol.


GENEVIEVE, la femme, la mère, l'artiste...

Qui était Geneviève, l'artiste de Larnagol ?

Rares sont les personnes qui l'appelaient Geneviève. Pour nombre d'entre nous, elle s'appelait Ginette... pour moi, c'était Maman.
Ginette, donc, était une enfant de ce méandre du Lot. Née à Calvignac le 28 février 1935, septième enfant d'une fratrie de huit, à l'aube d'une grande guerre si meurtrière et issue d'une famille plus que modeste qui luttait chaque jour pour survivre et subvenir à ses besoins... mais toujours avec l'amour pour épée et la fraternité, de sang ou de cœur, comme bouclier.

Le grand « défaut » de ma mère, c'est qu'elle gardait tout, elle entassait. Et c'est ainsi que j'ai pu retrouver ses cahiers d'écolière et autres écrits. Elle était venue au monde avec une intelligence et une sensibilité innée, une écriture soignée, un parcours scolaire exemplaire. Mais quand on est issu d'une famille nombreuse et modeste, en ces temps obscurs et dans une campagne reculée, ce n'est pas facile. Bien souvent, le certificat d'étude était le seul bagage parfois encombrant quand on savait qu'il ne serait d'aucune utilité pour espérer continuer. Elle avait beaucoup de facilités, mais elle qui aidait ses amies à l'école s'est vu refuser l'opportunité de poursuivre. Et pendant que ces dernières volaient vers d'autres horizons, elle, elle est restée là, dans ce méandre, à sarcler la terre pour y enfouir ses rêves. Profonde blessure et beaucoup d'amertume lorsqu'elle évoquait cela.

Mais paradoxalement, c'est cela qui a fait sa force et qui lui a donné la capacité de nous offrir ses écrits et ses toiles. Elle a su faire, à l'insu de son plein gré, ce savant dosage alchimique qui consiste à transformer ce qui aurait pu être un poison mortel en un nectar puissant.

Et un jour, elle a franchi la rivière (ce qui à l'époque était une frontière) pour gagner les rives de Larnagol où son amie, sa sœur de cœur, Lulu était devenu institutrice (1). C'est ainsi qu'elle a connu Simon, mon père, qui était revenu meurtri à tout jamais d'Allemagne et qui vivait sous le joug matriarcal d'Yvonne, ma grand-mère.
Dans cette maison, elle s'est pliée à la vie paysanne, devant une fois de plus faire taire ses rêves d'artiste tout en parvenant, malgré tout, à s'échapper quelquefois dans ses toiles, dans ses nuages. Mais sachez qu'à l'époque, une paysanne avec une âme d'artiste, c'était une étiquette lourde à porter. Elle a su s'en affranchir. Et mon père, même s'il ne le disait pas, ne le montrait pas, était fier de ce qu'elle faisait. Preuve en est le jour où elle l'a surpris, alors qu'elle rentrait du jardin, en train de faire une expo improvisée dans la cour de la maison, à des gens de passage... un sourire jusqu'aux oreilles, ses yeux gris virant au bleu le plus intense, juste un regard, pas un mot. Je suis riche de cette union de deux êtres atteints dans leur rêves, de deux villages, d'un méandre de rivière et d'un pont qui les relie à tout jamais, évitant ainsi les écueils du passé, et que je peux désormais contempler en toute quiétude du haut de ces rochers qui m'ont maintes fois servi de refuge quand il faisait froid dans mon cœur d'enfant orpheline et qui me sont si chers.

Il y a eu aussi de belles rencontres issues de cet heureux hasard. Je pense à M. Subes qui lui avait donné des conseils pour travailler ses cieux parfois trop lisses, ou pour se sortir de ces verts qu'elle aimait à qualifier de « merdoiement du peintre ». J'ai une pensée particulière pour M. André qui, maintenant je le comprends, a été son maître, son guide et pour Bernadette et Georges Bodin qui ont été pour elle des guerriers de lumière dans les années où l'obscurité avait envahi les lieux. Et qui comme par hasard étaient là le jour où elle est partie rejoindre les autres étoiles dans le feu d'artifice du 14 juillet 2011.

Il serait compliqué de vous expliquer la peinture de ma mère tant sa production a été sujette à des périodes, des rencontres, des changements, des évolutions qui nous sont personnelles. Et si, parmi ce qu'elle a laissé dans ses cartons de souvenirs, j'ai retrouvé certains articles de presse je me dis que ce n'est pas pour rien. Je le vois comme un coup de pouce de sa part. il y a beaucoup de justesse dans les écrits de ceux qui ont recueilli ses propos et il y a surtout « ses » propos sur « sa » perception de « sa » peinture.

Texte écrit par Catherine, la fille de Geneviève, à l'occasion de l'exposition à l'Annexe de Larnagol en 2017, et publié avec son aimable autorisation.

(1) Lucette VERNHET

Pour compléter cet article à propos de Geneviève Peyre, vous pouvez voir ici des photos de ses tableaux ainsi que quelques articles de journaux à son sujet.