La brèche du Saulou

De tous temps le Lot a été connu pour être un cours d'eau excessif, difficile à dompter. Cela a duré jusqu'à ce qu'on songe à implanter une série de barrages pour contraindre son cours. Cependant, encore de nos jours, les forts débits de l'hiver dégénèrent souvent en crues, certes moins importantes qu'auparavant.

Ces crues laissent souvent des traces dans la mémoire collective, mais aussi dans les archives de nos collectivités. Ainsi durant l'hiver 1968-1969 la crue emporte une partie de la berge au Saulou, lieu-dit de l'île. Un dossier conservé à la mairie nous permet de nous faire une idée assez précise des conséquences de cette crue.

Le premier document du dossier est ce qui semble être un brouillon du courrier que le maire, Wilfrid Ortalo-Magné, prévoit d'envoyer au sous-préfet. Ce document date du 10 mai 1969. On peut penser que le véritable courrier a été envoyé dans les jours qui suivent. Parallèlement, le maire demande à Bernard Pons d'appuyer sa demande auprès du préfet du Lot.

M. Pons était très lié avec les différents élus du canton de Cajarc. Il fut conseiller général de ce canton et était un proche de Georges Pompidou. À l'époque des faits, il vient tout juste d'être nommé secrétait d'état à l'agriculture dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas.

Il est probable que l'intervention de Bernard Pons a changé le cours des choses. Le 9 septembre le préfet répond directement au ministre ; le 8 octobre celui-ci transmet cette réponse au maire de Larnagol. Le montant estimé des travaux est de 70.000 francs (1) et le préfet ne semble pas enclin à engager une telle dépense au vu du « peu de dégâts occasionnées ».

La commune décide tout de même d'engager les travaux ; elle fait appel au Service des Ponts et Chaussées pour l'étude.

Au printemps 1970 une réunion est organisée pour exposer le rapport de visite du 21 avril. Un certain nombre de personnalités sont présentes, ainsi que les propriétaires concernés et M ROQUES, concessionnaire du barrage et de l'usine de Calvignac. Le plus gros problème reste le financement des travaux ; ni la commune, ni les propriétaires ne souhaitent s'engager car ils considèrent qu'ils ne sont pas responsables. Toutefois il est souhaité qu'un consensus soit trouvé rapidement afin d'engager les travaux en été lors des basses eaux. On verra plus loin qu'il s'agit d'un vœu pieux.

Le 11 août un appel à concurrence est lancé auprès de 7 entreprises. Une seule répondra, la société BAGNAC à Figeac. Le 10 septembre, un marché de gré à gré est passé avec cette société pour un montant de 69.936 francs.

Le dossier va trainer jusqu'à l'automne 1970, notamment pour des problèmes de déblocage des subventions et d'obtention des financements.

Les travaux ne seront finalement exécutés que dans le courant de l'année 1972. Le PV de réception est daté du 27 octobre 1972.
Il aura finalement fallu plus de 3 ans pour régler le problème.

Vous pouvez consulter les documents de ce dossier en suivant ce lien.

(1) Cette somme correspond environ à 80.000 euros 2017